Arnaud Naudan (BDO) : « On ne mobilise pas durablement une organisation à travers de simples objectifs de chiffre d’affaires. »
Comment fédérer des expertises multiples autour d’un projet commun à l’heure des grandes transformations ? Pour Arnaud Naudan, Président du directoire de BDO France, la réponse tient dans une conviction forte : l’entreprise ne peut plus se limiter à sa performance économique. Société à mission depuis 2021, BDO a fait de l’engagement, du sens et de l’impact les piliers de sa stratégie. Avec cet entretien, Choiseul Magazine poursuit sa série consacrée aux lauréats du palmarès Leadership engagé, en partenariat avec Les entreprises s’engagent.
BDO réunit des expertises historiques de l’audit, du conseil et de l’accompagnement des entreprises, en France comme à l’international. Dans un contexte d’accélération des transformations économiques, réglementaires et technologiques, comment construisez-vous un projet d’entreprise et une vision commune capables d’aligner gouvernance, coopération et qualité de service entre des métiers et des cultures professionnelles différentes ?
C’est une question centrale. Depuis ma prise de fonctions en 2021, la construction de notre projet d’entreprise repose avant tout sur une conviction personnelle : les entreprises doivent s’engager. J’ai toujours considéré qu’il existait une dimension profondément politique de l’entreprise, au sens où elle exerce une responsabilité particulière dans la société.
Face aux grands défis contemporains, transition écologique, inégalités sociales, inclusion, parité, éthique ou encore arrivée de l’intelligence artificielle, les entreprises ont un rôle à jouer et des engagements à porter. Cette conviction s’est naturellement traduite dans notre modèle d’entreprise.
En 2021, nous avons ainsi fait le choix de devenir société à mission. Cette transformation visait à inscrire durablement notre engagement dans nos statuts et à adopter le cadre le plus exigeant pour BDO France, ses associés et ses équipes.
Pour répondre à votre question, cette démarche a constitué un puissant facteur d’alignement. Elle a permis de fédérer l’ensemble de l’organisation autour d’une mission commune : contribuer à la transformation de la société grâce à nos expertises.
BDO est aujourd’hui un groupe pluridisciplinaire qui rassemble des compétences très diverses. Notre métier consiste à mettre cette expertise au service des entreprises, partout sur les territoires, afin de les aider à accélérer leurs transitions. Le fait d’avoir inscrit cette mission dans nos statuts a permis de rassembler l’ensemble des parties prenantes autour de valeurs d’engagement partagées et de donner au groupe un projet ambitieux, tourné vers l’avenir.
De nombreuses organisations peinent encore à transformer durablement leur modèle, qu’il s’agisse de digitalisation, de performance ou d’intégration des nouvelles technologies. Quels sont, selon vous, les leviers les plus structurants pour accélérer le passage à l’action, chez vos clients comme en interne ?
Une transformation réussie repose sur plusieurs étapes essentielles.
La première est la prise de conscience de la nécessité du changement. Chez nos clients comme au sein de notre propre organisation, nous attachons une grande importance à la qualité du diagnostic. Il faut d’abord comprendre pourquoi l’entreprise doit se transformer et créer les conditions de cette prise de conscience. Sans cela, le changement reste théorique.
La deuxième étape consiste à conjuguer ce que j’appelle « la tête et le cœur ». La transformation doit être pensée avec rigueur : définir une trajectoire, construire des chantiers, fixer un calendrier et des objectifs. Mais elle doit aussi embarquer les équipes. Cela implique de susciter l’adhésion, de tenir compte des sensibilités au changement et d’adapter la démarche à la culture de l’entreprise.
Enfin, toute transformation nécessite du rythme. L’être humain a naturellement tendance à résister au changement. Il faut donc instaurer une dynamique, créer du mouvement et maintenir un tempo dans l’exécution.
À cela s’ajoute un élément fondamental : la communication. Depuis plusieurs années, je m’applique une règle simple : expliquer régulièrement ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons et où nous voulons aller. La pédagogie est essentielle. Mais elle doit s’accompagner de cohérence : il faut faire ce que l’on dit et tenir la trajectoire annoncée. C’est ainsi que l’on construit la confiance et que l’on embarque durablement les équipes.
Dans un secteur en forte mutation, entre intelligence artificielle, évolution des attentes des clients et intensification de la concurrence, comment inscrire durablement l’engagement des équipes autour d’une vision commune et d’un projet de transformation de long terme ?
Je fais volontiers le parallèle avec la première question. J’ai toujours pensé que l’on ne mobilisait pas durablement une organisation à travers de simples objectifs de chiffre d’affaires ou des indicateurs financiers.
Lorsque je regardais les plans stratégiques il y a quelques années, je ne les trouvais pas particulièrement inspirants. Tout revient finalement à la question du sens. Le succès d’une transformation repose sur la capacité à libérer les énergies, à responsabiliser les équipes et à leur proposer un projet qui dépasse la seule réussite économique de l’entreprise.
C’est pourquoi je reviens constamment à la contribution de l’entreprise dans la société. Ce qui motive les collaborateurs, c’est de constater que leur travail produit un impact réel : pour les clients, les fournisseurs et l’ensemble des parties prenantes.
Pour moi, la clé de l’engagement réside dans la construction d’un projet porteur de sens, capable de générer un impact positif bien au-delà de l’entreprise elle-même. Ce projet doit également être ambitieux. Nous avons tous besoin d’ambition collective et de perspectives. D’ailleurs, le dépassement de soi figure parmi les valeurs que nous avons inscrites au cœur de notre culture.
Nous évoluons dans un monde marqué par des transformations permanentes. Les crises se multiplient, les enjeux environnementaux s’intensifient, les tensions géopolitiques rappellent la vulnérabilité de certains de nos modèles économiques, tandis que l’intelligence artificielle ouvre de nouvelles perspectives tout en suscitant des interrogations légitimes.
Face à ces bouleversements, les entreprises ont besoin d’un cap clair. Elles doivent être capables de s’adapter en permanence sans perdre leur direction. Aujourd’hui, piloter une entreprise suppose de réévaluer régulièrement ses décisions. Les business plans restent des exercices intellectuellement utiles, mais la réalité nous oblige souvent à ajuster nos trajectoires.
Aujourd’hui, piloter une entreprise suppose de réévaluer régulièrement ses décisions.
C’est précisément le rôle de la mission chez BDO France. Elle constitue notre boussole. Elle nous permet de savoir qui nous voulons être sur notre marché et quelle contribution nous souhaitons apporter à nos clients, à nos équipes et à nos partenaires.
Nous avons en quelque sorte inversé la logique traditionnelle. Plutôt que de partir d’objectifs financiers pour ensuite leur adosser des valeurs, nous avons commencé par définir le rôle que nous voulions jouer et l’impact que nous souhaitions avoir. La croissance et la performance ne sont alors plus une finalité, mais la conséquence naturelle de cet engagement.
Arnaud Naudan est lauréat du palmarès Leadership engagé, en partenariat avec Les entreprises s’engagent, à retrouver dans son intégralité ici : Palmarès Choiseul Leadership engagé