Sébastien Fagnen, sénateur : « Croître, grandir, sans se dénaturer »

Élu au Sénat depuis plus de trois ans, Sébastien Fagnen appartient à une génération de responsables politiques manchois qui ont grandi avec les grands projets industriels du territoire, sans pour autant accepter qu’ils en dictent seuls l’avenir. Membre de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, il défend une conviction simple et exigeante : la croissance ne vaut que si elle préserve ce qui fait la singularité profonde de la Manche. Ce portrait a été réalisé dans le cadre d’une série éditoriale issue de la séquence coportée par Attitude Manche et l’Institut Choiseul autour des transformations du territoire.

Un territoire à taille humaine

Pour Sébastien Fagnen, l’attractivité de la Manche tient d’abord à une qualité de vie que peu de territoires français peuvent encore offrir. Il décrit un département doté d’un « atout considérable, imparable et intangible » parce qu’il a été construit « à l’échelle humaine ». Ce maillage de communes, où chaque habitant trouve à moins d’un quart d’heure de chez lui des services publics, des commerces, des lieux de garde et des activités associatives, constitue un fondement tout aussi rare que fragile qu’il convient de préserver.

C’est à cette aune qu’il mesure le défi des années et des décennies à venir qu’il résume ainsi : « croître, grandir, sans se dénaturer ». Une ligne de crête qui suppose de ne pas laisser les seules logiques de marché orienter le devenir du territoire. Son engagement dans les groupes d’études sénatoriaux – énergie, mer, littoral, agriculture – reflète ainsi l’objectif de donner à voir le vrai visage de la Manche, parfois en décalage avec les représentations extérieures. Dans le premier département laitier de France, porté par des fleurons comme Elle & Vire, les Maîtres Laitiers du Cotentin ou Isigny Sainte-Mère, il reconnaît l’expression d’un modèle où l’ancrage productif local rejoint le rayonnement national.

L’énergie, « mère de toutes les batailles »

Sur les enjeux énergétiques, Sébastien Fagnen n’oppose pas le nucléaire, l’éolien offshore et l’hydrolien. Il y voit une complémentarité au service d’un seul et même objectif qu’est la « décarbonation de la production énergétique française ». En effet, la Manche concentre, sur un territoire relativement restreint, la centrale de Flamanville, l’usine de retraitement de La Hague, le programme Aval du Futur, la construction de pales éoliennes offshore à Cherbourg-en-Cotentin et le potentiel hydrolien du Raz Blanchard – l’un des principaux gisements au monde.

« Ces productions, loin d’être antagonistes, sont éminemment complémentaires, puisqu’elles sont au service d’une seule et même cause », soutient-il. Dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, cette capacité à décarboner l’économie lui apparaît comme « la mère de toutes les batailles » et « la condition sine qua non de l’exercice de notre souveraineté ».

Désenclaver pour ne pas renoncer

S’il est un sujet sur lequel Sébastien Fagnen ne transige pas, c’est le désenclavement du territoire, car « pour être attractif, il faut être accessible », martèle-t-il. Cependant, l’accessibilité de la Manche reste, selon lui, grevée par un manque d’infrastructures à la hauteur de ce qu’ambitionne le département. Son objectif : passer sous les trois heures de trajet entre Paris et Cherbourg dans un horizon proche, et remettre à l’ordre du jour la mise aux normes autoroutières de la RN13, abandonnée il y a une dizaine d’années.

Ce combat s’inscrit dans une vision plus large de ce qu’il appelle un « pacte pour l’avenir de la Manche » avec un quatuor réunissant collectivités locales, État, entreprises et citoyens. Citant Tocqueville, il revendique une tradition politique manchoise singulière et « violemment modérée ». Un modèle, dit-il, qui repose sur le dialogue et doit continuer à en faire sa force. Dans ce contexte, l’intervention de la puissance publique lui apparaît déterminante pour que cette croissance profite au territoire sans fragiliser celles et ceux qui l’habitent depuis toujours.