Charles Yvon (Le Parapluie de Cherbourg) : L’élégance comme ancrage

Alors que le Cotentin entre dans une phase de transformation industrielle sans précédent, Charles YVON incarne la continuité d’une Maison d’excellence artisanale qui fabrique à Cherbourg depuis quarante ans, et dont la famille entreprend de père en fils depuis 1798. Président du Parapluie de Cherbourg, il défend l’idée que l’excellence artisanale et l’ambition industrielle se renforcent plutôt qu’elles ne s’opposent. Ce portrait s’inscrit dans une série éditoriale réalisée par Attitude Manche et l’Institut Choiseul autour des transformations économiques du territoire.

Une tradition d’exigence

Le Parapluie de Cherbourg fête ses 40 ans cette année. Pour Charles YVON, cela n’appelle pas à de la nostalgie, c’est le signe d’une « Maison qui est en mouvement ». Un mouvement qui passe par une exigence constante sur la qualité – « une culture de l’exigence et du détail » –, des collaborations avec des enseignes prestigieuses, de nouveaux usages et un engagement assumé en matière de responsabilité sociétale.

Installée en plein cœur de Cherbourg, la Manufacture bénéficie d’un ancrage singulier dans la cité portuaire. Ses locaux ont pris place dans un ancien bâtiment de la Banque de France, avec une vue plongeante sur le célèbre bassin du commerce. Plus de 50 000 visiteurs viennent chaque année découvrir la fabrication des Parapluies au cœur de la Manufacture. Charles YVON explique également sillonner les salons pour faire rayonner le territoire et invite régulièrement clients et partenaires à venir le découvrir. « Beaucoup reviennent ensuite en famille pour faire découvrir à leurs proches la richesse du territoire », s’enthousiasme-t-il.

Artisanat et industrie : deux légitimités, une même fierté

Charles YVON se réjouit des grands projets qui reconfigurent le Cotentin. « J’y suis favorable, j’aime quand ça bouge », explique-t-il, voyant dans l’arrivée de travailleurs qualifiés un bénéfice direct pour des Maisons comme la sienne : des compétences nouvelles, des proches en recherche d’emploi et une dynamique collective qui élève l’ensemble du territoire.

Dans le même temps, il formule une distinction nette entre deux types de rôles dans cette reconfiguration du territoire. « Les grands projets structurent l’économie » alors qu’une Maison « comme Le Parapluie de Cherbourg structure l’imaginaire et le savoir-faire ». Les deux, selon lui, sont indispensables et complémentaires. L’un apporte la puissance économique, l’autre « une partie de magie » et une continuité culturelle. Une dimension que les investissements seuls ne peuvent pas produire. Il affirme que « le territoire ne se résume pas à ses investissements. Il se raconte aussi à travers ses marques et ses histoires ».

Un cœur local, une influence mondiale

Charles YVON mène la vie d’un ambassadeur du savoir-faire normand et manchois. Son activité l’amène à voyager à Paris, en Asie, en Amérique ou en Afrique. Il est également investi au bureau d’Origine France Garantie, de l’ARSEN et des conseillers du commerce extérieur de Normandie. Pour continuer son parcours, Charles YVON est réserviste citoyen en gendarmerie au grade de Lieutenant-Colonel. Le Parapluie de Cherbourg travaille quant à lui avec de grandes Maisons du luxe. Cette ouverture témoigne selon lui de l’ADN de l’entreprise. « Nous sommes profondément locaux, tout en ayant une ambition qui dépasse largement notre territoire », résume-t-il.

Pour lui, la stratégie à venir tient entre pragmatisme et ambition assumée : « On ne cherche pas à devenir autre chose que ce que nous sommes. En revanche, on doit être capable d’amplifier ce que nous sommes ». Cette fidélité suppose aussi de continuer à transmettre. Charles YVON affirme que 4 années de formations en interne sont aujourd’hui nécessaires pour apprendre à fabriquer un parapluie. À travers Le Parapluie de Cherbourg, Charles YVON défend une conviction simple : « La réindustrialisation française passera aussi par la capacité à préserver et transmettre des savoir-faire identitaires. Lorsque l’on travaille avec notre Maison, on participe aussi à la défense de la souveraineté économique française ». Une conviction qu’il porte bien au-delà du bassin du commerce de Cherbourg.