Lucie Finet (La French Tech) : « L’innovation est devenue un enjeu d’autonomie stratégique et de résilience économique »
Après un parcours en Europe et en Asie dans la tech, Lucie Finet, lauréate du palmarès Choiseul 100 2026, co-dirige depuis 2 ans la Mission French Tech. Elle partage dans cet article son analyse sur les enjeux de l’écosystème tech français.
Comment décririez-vous l’état de l’écosystème tech français aujourd’hui, 13 ans après la création de la Mission French Tech ?
En treize ans, la French Tech est passée d’un mouvement d’entrepreneurs à un véritable moteur de l’économie française, avec près de 18 000 entreprises et 450 000 emplois. Quand j’ai débuté dans la tech, la question était encore de savoir si la France pouvait faire émerger des entreprises technologiques d’envergure mondiale. Ayant travaillé en Europe et en Asie, j’ai pu mesurer le chemin parcouru : aujourd’hui, nous avons les talents, les entrepreneurs, les chercheurs et les investisseurs. La question n’est plus de savoir si nous en sommes capables, mais comment nous aidons ces entreprises à devenir des leaders mondiaux. C’est d’ailleurs ce qui m’a donné envie de rejoindre la mission French Tech. L’autre évolution profonde, c’est la diversification de notre modèle. Longtemps associée aux services numériques, la French Tech s’appuie désormais sur l’excellence scientifique et industrielle française pour développer des innovations de rupture dans l’intelligence artificielle, la santé, l’énergie ou le quantique.
La souveraineté numérique et technologique est devenue un enjeu central pour la France et l’Europe. En quoi la Mission French Tech joue-t-elle un rôle clé dans cette ambition ?
L’innovation n’est plus seulement une question de croissance.
Elle est devenue un enjeu d’autonomie stratégique et de résilience économique, et nos priorités s’en sont adaptées en conséquence. Les programmes Next40/120 et French Tech 2030 accompagnent les entreprises les plus prometteuses dans des secteurs que nous considérons comme essentiels pour l’avenir.
Le quantique en est une bonne illustration : la France dispose d’une recherche de premier plan, d’entrepreneurs ambitieux, et le milliard d’euros supplémentaire annoncé dans le cadre de France 2030 montre que nous sommes sérieux sur la construction d’une filière compétitive.
Mais la souveraineté ne se décrète pas. Elle repose aussi sur notre capacité, aussi bien côté privé que public, à adopter ces innovations, à permettre à nos entreprises de trouver leurs premiers clients en France avant de conquérir le reste du monde.
Comment la Mission French Tech accompagne-t-elle la transformation culturelle des acteurs de l’économie vers l’innovation ?
L’innovation est avant tout une affaire de confiance. Beaucoup de start-up et scale-up françaises développent des solutions très performantes, mais leur adoption peut encore être freinée par des habitudes d’achat traditionnelles, souvent trop lentes et averses au risque.
C’est tout l’objectif de la démarche Je choisis la French Tech : convaincre les grands comptes publics et privés qu’acheter français, c’est aussi investir dans notre capacité collective à construire l’économie de demain. Derrière chaque innovation qui réussit, il y a quelqu’un qui a accepté de lui faire confiance en premier.
Selon vous, quels sont les freins qui restent encore à lever pour l’écosystème ?
Ce qui me frappe encore aujourd’hui, c’est le poids de certaines croyances limitantes. On a une vraie culture de l’excellence en France, mais on n’a pas encore totalement apprivoisé l’échec comme une étape normale du parcours entrepreneurial comme on le voit par exemple aux Etats-Unis. Et c’est peut-être là l’enjeu le plus profond : se donner la permission de penser grand et global dès le départ, pas comme un rêve lointain, mais comme point de départ d’une ambition réelle.
Lucie Finet est lauréate du palmarès Choiseul 100 2026, à retrouver dans son intégralité ici : Choiseul 100 2026