Florence Blanchet (Blanchet) : Le bois, le geste et le temps

L’an dernier, l’entreprise d’emballages avranchaise Blanchet célébrait ses 70 ans d’activité. Pour la directrice générale et petite-fille du fondateur, Florence Blanchet, cet anniversaire témoigne à la fois d’une capacité à durer dans le temps et d’une fidélité à une matière, à un territoire et à une certaine idée de l’industrie. Ce portrait a été réalisé dans le cadre d’une série éditoriale issue de la séquence coportée par Attitude Manche et l’Institut Choiseul autour des transformations du territoire.

Une industrie qui pousse avec son territoire

Pour Florence Blanchet, l’ancrage territorial est une réalité concrète, presque organique, qui rythme le quotidien de l’entreprise familiale depuis sa création. La Manche lui a en effet offert un environnement stable, proche des filières ostréicoles et agricoles, ainsi qu’un cadre de relations durables avec ses salariés, ses clients et ses partenaires institutionnels. Elle y voit un territoire attaché à ses entreprises, à la qualité du savoir-faire et à une forme de solidarité discrète, profondément liée à ses racines maritimes et rurales.

À ses yeux, c’est dans cet équilibre que Blanchet a pu traverser les décennies, évoluer et investir sans rompre avec elle-même. Elle explique que cette « exigence collective pousse les entreprises à faire évoluer leurs pratiques et leur outil industriel, à innover et à investir dans la modernisation ». Blanchet, spécialiste de l’emballage en bois léger, revendique d’ailleurs une continuité claire entre son identité et ses choix stratégiques. Le bois reste au centre, avec une offre qui va des emballages traditionnels aux packagings plus créatifs et personnalisés – dans une logique où qualité, traçabilité et engagement environnemental occupent une place structurante.

Aussi, dans un métier où « la maîtrise de la technique et de cette matière naturelle qu’est le bois exigent précision et expérience », la transmission devient un enjeu industriel à part entière. Formation interne, compagnonnage, apprentissage, intégration progressive des jeunes dans les équipes : tout concourt à faire vivre un savoir-faire qui relève autant de la mémoire de l’entreprise que de sa compétitivité. « Transmettre nos savoir-faire, c’est pour Blanchet l’assurance de pouvoir répondre durablement aux exigences de nos clients et de nos marchés », résume-t-elle.

Les PME, le cœur battant du département de la Manche

Dans sa lecture du territoire, Florence Blanchet rappelle volontiers que l’économie locale ne repose pas uniquement sur les grands sites industriels du Cotentin. Elle tient aussi à un réseau de PME et d’ETI qui irriguent le territoire dans la durée. Celles-ci créent des emplois stables, qualifiés et, surtout, de proximité.

Dans le cas de Blanchet, cela touche à des savoir-faire très concrets – connaissance des produits de la mer, maîtrise du bois léger, fabrication en grande série ou sur-mesure, excellence logistique. « Nos PME et ETI créent de la valeur dans et pour les territoires, elles sont de vrais acteurs de la vie locale », explique Florence Blanchet. Les salariés vivent sur place, les fournisseurs et les artisans sont très largement locaux, les liens avec les partenaires institutionnels, associatifs ou événementiels prolongent cette présence bien au-delà de la seule sphère productive.

À travers son entreprise, Florence Blanchet esquisse au fond une autre lecture de l’industrie manchoise : une industrie enracinée, capable de durer, de transmettre et de rester présente au plus près du territoire. Dans un département souvent regardé à travers ses grands projets, Blanchet incarne la promesse d’une PME familiale ancrée dans la baie du Mont-Saint-Michel, « porteuse de valeurs fortes, leader sur son secteur, attachée à la qualité et à l’innovation ». L’entreprise et le territoire semblent ainsi avancer d’un même pas, comme si l’une ne pouvait réellement attirer sans l’autre.