Lucie Basch (Too Good To Go) : « Tout ce qu’il nous faut est déjà là »

Lauréate Choiseul 100, Lucie Basch a co-fondé Too Good To Go, application anti-gaspi à succès qui fête ses dix ans cette année. En 2024, fidèle à ses valeurs, elle a lancé Poppins, plateforme de location d’objets. Dans cette interview, elle revient sur les engagements qui ont guidé sa trajectoire entrepreneuriale.

Avec le recul, quelle compétence ou quel type d’accompagnement vous aurait le plus aidée au moment de lancer votre projet à 24 ans ?

Quand j’ai lancé Too Good To Go, j’avais l’innocence de mon âge. Ce fut mon plus grand moteur : cela m’a permis d’oser des choses que je m’interdirais sûrement aujourd’hui avec l’expérience. J’ai monté une application sans savoir coder, portée par une passion chevillée au corps. Je ne pouvais simplement plus accepter que l’on jette 40 % de la nourriture produite sur la planète. Ce gaspillage, je l’ai vu de l’intérieur en travaillant dans les usines d’un géant de l’agroalimentaire. Notre système alimentaire est malade, mais il existe des solutions concrètes pour contrer ces absurdités.

Le meilleur conseil qu’on m’ait donné ? À l’époque, j’hésitais à faire un Master en entrepreneuriat dans une grande école. On m’a dit : « Vous avez déjà l’idée, vous débordez d’énergie, lancez-vous ! Vous apprendrez en faisant. » C’est ce conseil que je transmets aujourd’hui à tous les entrepreneurs en herbe : « Foncez ! »

10 ans après avoir lancé Too Good To Go, vous vous attaquez à une autre forme de gaspillage : celui des objets qu’on surproduit pour finalement les sous-utiliser, avec Poppins. Pourquoi avoir choisi de vous lancer dans cette nouvelle aventure entrepreneuriale ?

L’idée de Poppins est née, une fois de plus, d’un constat absurde. J’ai du mal à accepter les non-sens, et c’est souvent ce qui déclenche mes projets. Après m’être attaquée au gaspillage alimentaire, j’ai réalisé l’ampleur de la surproduction d’objets fabriqués à l’autre bout du monde qui finissent par prendre la poussière dans nos placards et qu’on utilise deux fois par an.

J’ai voulu trouver une solution pour remettre en circulation l’existant en permettant à chacun d’entre nous de louer tout ce dont nous avons besoin quand nous en avons besoin.

Imaginons que le coffre de toit qu’il nous faut soit rangé dans le garage du voisin, que la ponceuse nous attende chez le commerçant du coin, que l’appareil à fondue se trouve dans le supermarché d’à côté ? C’est bien une réalité : tout ce qu’il nous faut est déjà là.

Poppins permet d’y accéder en transformant nos quartiers en un placard partagé, accessible en un clic.

Cela fait des décennies que notre économie est pensée autour de la possession, et pourtant, l’ADEME rappelle que 30% de nos objets ne quittent jamais nos placards. Selon vous, comment changer nos habitudes en profondeur et comment opérer ces changements à l’échelle ?

Il faut rendre ces changements désirables et « stylés » ! Si l’on veut réellement avancer sur ces enjeux, il faut gagner la bataille culturelle. Il faut raconter l’écologie autrement, la rendre désirable pour massifier de nouveaux comportements.

La prise de conscience a beaucoup progressé ces dernières années, mais on voit encore peu de changements d’échelle. Et ce n’est pas étonnant : on associe encore trop souvent l’écologie à de la contrainte, à l’idée de faire “moins” ou “moins bien”. Ce n’est pas comme ça qu’on va embarquer les gens. L’idée n’est pas forcément de consommer moins, mais de consommer mieux – ce qui nous suffit vraiment – en adoptant des réflexes qui font simplement plus sens.

Mon rêve, c’est que la location devienne complètement ancrée dans le quotidien des Français. J’aimerais que, comme on dit aujourd’hui « je récupère mon Too Good To Go », on puisse dire demain : « je vais chercher mon Poppins » !

Lucie Basch est lauréate du palmarès Choiseul 100 2026, à retrouver dans son intégralité ici : Choiseul 100 2026