Pierre-Étienne Girardot : « Le nucléaire, un atout pour la stabilité et la souveraineté »
Pierre-Étienne Girardot, lauréat du Choiseul 100 2026 est Directeur de la Business Opérations Amont chez Orano Projets, entreprise française spécialisée dans les combustibles nucléaires. Dans sa tribune, il pose un regard éclairé sur l’avenir du nucléaire en France, un sujet au cœur de l’actualité. Le conflit en Iran rappelle brutalement la dépendance de nos économies aux énergies fossiles. Si la situation actuelle (+50% du prix du baril environ) n’atteint pas l’ampleur du choc pétrolier de 1973 (+300%), elle met en lumière la pertinence des choix énergétiques français de l’époque, en faveur du développement de l’énergie nucléaire (le plan Messmer).
Une énergie décarbonée
Avec des émissions de l’ordre de 4 gCO₂/kWh, en France, le nucléaire figure parmi les énergies les plus décarbonées, au niveau de l’hydraulique et de l’éolien, et très loin devant le gaz ou le charbon (environ 400 et 800 gCO₂/kWh). Cet atout est peu reconnu : selon la dernière enquête Ipsos-BVA pour Orano, 52% des Français et 69 % des jeunes pensent que le nucléaire contribue au dérèglement climatique. Nous devons redoubler nos efforts de pédagogie car la compréhension des faits scientifiques est capitale pour éclairer nos prises de décision à venir.
Une source de stabilité
Le nucléaire est un socle d’énergie pilotable qui, combiné à des énergies intermittentes comme l’éolien ou le solaire, apporte une stabilité au réseau (équilibre offre – demande, régulation de fréquence, etc.). Au niveau européen, le nucléaire français contribue ainsi à réduire les prix de gros lors des périodes de tension saisonnière (épisode de froid, de faible production éolienne ou solaire) ou d’atténuer l’effet de hausses du prix du gaz lors de crises externes.
Le coût du nucléaire est par ailleurs décorrélé des fluctuations de marché à court terme : plus de 80% des échanges se font via des contrats long terme (3 à 15 ans) avec des prix fixés à l’avance, ce qui amortit les chocs géopolitiques. Au contraire, la plupart des flux pétroliers sont indexés sur des prix de marchés court terme, répercutant de manière quasi immédiate les évolutions du marché.
Une industrie souveraine
La souveraineté nucléaire ne se limite pas aux réacteurs. La force du modèle français réside aussi dans la maîtrise complète du cycle du combustible : extraction, conversion, enrichissement, recyclage. Ce sont des activités capitalistiques et technologiquement sensibles, maîtrisées en France par Orano.
96 % des matières des combustibles usés sont ainsi valorisables. Ce modèle limite la radiotoxicité des déchets, divise par 5 le volume des déchets les plus radioactifs**,** tout en générant une économie d’uranium pouvant atteindre 25 %.
Une source d’énergie prédictible et compétitive est aussi un atout pour maintenir et développer des activités industrielles sur le territoire.
Une nouvelle phase d’investissements
Depuis 2023, le Gouvernement a convoqué 5 Conseils de politique nucléaire pour structurer la relance française : une nouvelle ère de projets industriels est ainsi en train de s’ouvrir. Dans le domaine du combustible, Orano a investi plus d’1,7Md€ au Tricastin pour augmenter ses capacités d’enrichissement et contribuer à rendre les électriciens occidentaux indépendants des capacités russes. Le lancement du programme « Aval du Futur » va permettre de pérenniser et développer le modèle de traitement – recyclage des combustibles usés sur le site Orano de la Hague, jusqu’à la fin du siècle.
Pierre-Étienne Girardot est lauréat du palmarès Choiseul 100 2026, à retrouver dans son intégralité ici : Choiseul 100 2026