« Permettre à des technologies françaises de s’inscrire durablement dans les institutions qui en ont besoin » Christelle Azizet Do Rego

Directrice des opérations stratégiques de Grow Up Markets, Christelle Azizet Do Rego a piloté la signature du double partenariat entre Diginove et ses homologues kenyans en marge de l’Africa Forward Summit. Elle revient sur ce que cette opération dit d’une certaine façon de faire, et d’une certaine façon d’être présent en Afrique.

Quelle est la mission de Grow Up Markets au quotidien ?

Grow Up Markets est une structure opérationnelle française dédiée au déploiement de technologies à forte valeur ajoutée sur les marchés émergents. Ce qui nous distingue, c’est que nous ne sommes pas un cabinet de conseil qui produit des rapports et repart. Nous faisons le travail dans la durée, sur le terrain, avec les institutions. L’idée de départ est simple : il existe en France des entreprises qui développent des solutions technologiques remarquables, et il existe en Afrique des institutions qui ont un besoin réel et urgent de ces solutions. Entre les deux, il y a un chemin que peu de structures savent vraiment emprunter. C’est ce chemin que nous ouvrons.

Le double accord signé à Nairobi entre Diginove, le Directorate of Resource Surveys and Remote Sensing et le Regional Centre for Mapping of Resources for Development est présenté comme un ancrage institutionnel rare pour une entreprise européenne. Qu’est-ce qui le rend si particulier ?

Ce qui est rare, c’est la combinaison de plusieurs choses. Obtenir la confiance d’une institution nationale souveraine, rattachée à l’Executive Office du président kenyan, c’est déjà un signal fort. Mais le faire simultanément avec une organisation intergouvernementale qui fédère vingt États membres entre l’Afrique de l’Est et l’Australe, c’est une toute autre portée. Ce n’est plus un accord bilatéral, c’est une reconnaissance à l’échelle régionale. Pour Diginove, cela signifie que son expertise est validée non pas par un interlocuteur, mais par une architecture institutionnelle. C’est beaucoup plus solide comme fondation.

Grow Up Markets a piloté cette opération. Quel est exactement votre rôle dans ce type de déploiement ?

Notre rôle, c’est de rendre possible ce que les entreprises françaises à forte valeur ajoutée ne savent pas toujours faire seules : s’inscrire durablement dans les institutions africaines qui ont besoin de leurs technologies. Ce n’est pas de la représentation commerciale classique. C’est un travail de compréhension fine des priorités locales, d’identification des bons interlocuteurs, de construction de confiance dans la durée. Diginove illustre exactement ce que nous cherchons à rendre possible. Leur expertise en intelligence géospatiale répond à des besoins réels, structurels, définis par les autorités kenyanes elles-mêmes. Notre travail, c’est de créer les conditions pour que cette rencontre ait lieu au bon niveau.

On parle beaucoup des difficultés de la France à maintenir sa présence économique en Afrique. Est-ce que ce type d’opération dessine une autre voie ?

Je pense que la question n’est pas tant celle de la présence que celle de la posture. Les échecs que vous évoquez ont souvent une racine commune : une approche descendante, des solutions pensées ailleurs et proposées comme des réponses universelles. Ce qui fonctionne, c’est l’inverse. Partir des besoins définis par les partenaires africains, construire avec eux et non pas pour eux. Ce partenariat s’est construit dans cette logique. Les solutions de Diginove vont se déployer en réponse aux priorités définies par les autorités kenyanes, pas en dépit d’elles. C’est une nuance qui change tout.

L’Africa Forward Summit a fourni le cadre diplomatique de cette signature. Dans quelle mesure ce type d’événement facilite-t-il votre travail ?

Ces sommets créent une fenêtre d’opportunité, une dynamique politique qui lève certains obstacles et accélère certaines décisions. La confiance institutionnelle que nous avons construite avec nos partenaires kenyans, elle s’est bâtie en amont, dans la durée. Le Summit a fourni le cadre idéal pour formaliser ce qui était déjà mûr. C’est important de ne pas confondre les deux : les grands rendez-vous diplomatiques sont des catalyseurs, pas des substituts à l’enracinement.

Que représente cette signature pour la suite du déploiement de Diginove sur le continent ?

La portée régionale du Centre for Mapping ouvre une perspective très concrète. Vingt États membres, plus de 500 millions d’habitants : c’est un levier de mise à l’échelle que peu d’entreprises européennes du secteur ont su construire de cette façon, par la légitimité institutionnelle plutôt que par la prospection marché.