Laura Hassan (Epitech) : « La souveraineté numérique de la France passera par sa jeunesse »
Laura Hassan est Directrice générale d’Epitech, école qui forme des experts Business et Tech. Lauréate du Palmarès Choiseul 100, elle partage une conviction : ce sont les jeunes qui garantiront la souveraineté numérique de la France.
En vagabondant sur les réseaux sociaux, il n’est pas rare d’assister à une joute entre deux internautes aux opinions tranchées. Au premier, qui dénonce les ravages d’un capitalisme prédateur pour l’environnement et les esprits, le second rétorque que son propos est discrédité d’avance puisqu’écrit sans doute depuis un smartphone d’une firme connue pour sa pomme croquée.
Faux air de point Godwin de la tech tant il revient à intervalles réguliers, cet argument pointe une contradiction, certes, mais sert surtout de prétexte pour éviter de questionner le fond : notre dépendance généralisée aux GAFAM et aux nouvelles têtes de l’IA. Ce problème prend une toute autre ampleur à l’échelle d’une nation qui, ainsi va le monde, ne peut se permettre de lever le pied dans cette course effrénée et ultra concurrentielle vers la transformation numérique.
À la manière de ces discussions d’internautes chafouins, il y a quelque chose de fascinant dans la manière dont, en France, nous parlons de notre dépendance technologique. Nous la déplorons le matin en ouvrant un célèbre éditeur de texte américain, l’oublions à midi en faisant défiler les vidéos d’une plateforme chinoise en mangeant notre sandwich triangle, et la redécouvrons le soir quand, au doux son du JT, on apprend que la prochaine révolution technologique ne porte ni béret ni baguette sous le bras. Pourtant, derrière la fatigue du diagnostic, s’ébauche une envie collective de reprendre la main. De recroire en notre souveraineté numérique.
Loin d’être démunie, la France reste un vivier de scientifiques reconnus, d’ingénieurs appréciés, de startups qui ne demandent qu’à devenir Licornes. Le souci n’est pas que nous ne formions pas de profils prêts à « réarmer » techniquement le pays, c’est que nous en formons trop peu. Il faudrait recruter près de cent mille ingénieurs, experts et techniciens nets par an d’ici 2035 pour tenir nos ambitions industrielles et numériques. Or, nous en formons à peine la moitié. Un drame ? Plutôt une formidable promesse à une jeunesse habituée aux mauvaises nouvelles depuis tant d’années.
Ce besoin est une invitation directement lancée à chaque lycéenne, à chaque lycéen, à venir occuper la place qui les attend. Pas une place subie, mais une place stratégique, épanouissante, valorisante et valorisée. Un expert en cybersécurité qui protège un réseau d’eau potable, une développeuse qui conçoit une IA souveraine, un technicien qui maintient les serveurs d’un cloud européen : ces personnes définissent aussi la liberté collective d’un pays.
Cette ambition suppose de réinvestir massivement les sciences au collège et au lycée, et d’ouvrir grand les portes des entreprises et des laboratoires aux adolescents bien avant le choix post-bac. À Epitech, nous serons toujours en première ligne pour accompagner la jeunesse à remporter ce pari. Sur les réseaux sociaux, bien sûr, mais aussi et surtout dans la vie de tous les jours.
Laura Hassan est lauréate du palmarès Choiseul 100 2026, à retrouver dans son intégralité ici : Choiseul 100 2026