Pierre Brossolet (Arverne) : « Il est urgent de renouer avec une véritable souveraineté énergétique »
Porté par les ambitions gouvernementales en matière de transition énergétique et de souveraineté industrielle, le groupe Arverne s’impose comme un acteur clé de la valorisation du sous-sol français et le premier industriel français dédié à la géothermie. Son dirigeant, Pierre Brossollet, également président d’Avenia, pôle de compétitivité du sous-sol français, revient sur le rôle stratégique de ces ressources dans le mix énergétique français et sur les conditions nécessaires à l’émergence d’une filière souveraine et compétitive à l’échelle européenne.
À la croisée des enjeux de décarbonation, d’indépendance énergétique et d’accès aux matières premières critiques, l’entreprise développe un modèle innovant fondé sur la géothermie et le lithium géothermal. En s’appuyant sur un fort ancrage territorial et une logique de co-construction avec les acteurs locaux, Arverne entend concilier performance industrielle, acceptabilité sociale et durabilité environnementale.
Le gouvernement vient de fixer des objectifs de croissance importants à la géothermie pour les dix ans à venir. Quelle place doit avoir cette énergie dans le mix énergétique français ?
La géothermie a vocation à devenir un pilier majeur du mix énergétique français de la chaleur. C’est une énergie locale, décarbonée et disponible de manière continue. Son potentiel est à la mesure des besoins de la France. Chaque production supplémentaire de chaleur géothermale remplace une importation équivalente de gaz.
Les crises récentes, de l’invasion de l’Ukraine en 2022 au conflit iranien actuel, rendent urgent de renouer avec une véritable souveraineté énergétique. La géothermie est également appelée à jouer un rôle majeur dans l’électrification des usages. Alors que la consommation électrique stagne depuis plusieurs années, l’adoption massive de la géothermie est une composante importante de la stratégie d’électrification des usages que le gouvernement met en place. C’est une dimension importante dont les pouvoirs publics prennent actuellement conscience.
Pour toutes ces raisons, l’objectif fixé par le gouvernement dans la programmation pluriannuelle de l’énergie est une excellente nouvelle : il reconnaît enfin le rôle stratégique de la géothermie, encore trop méconnue en France. Pour Arverne, voilà qui confirme que la géothermie doit prendre toute sa place dans un mix énergétique de long terme, souverain, décarboné et compétitif.
Dans un contexte international marqué par la compétition sur les matières premières critiques, quel rôle Arverne peut-il jouer pour renforcer la souveraineté industrielle et énergétique de la France et de l’Europe ?
Pour les « matières premières critiques » dont le lithium, répertorié parmi 17 métaux critiques et dont la demande est exponentielle, le rôle d’Arverne est précisément de répondre à cette demande, tout en donnant à la France les moyens d’une transition énergétique pérenne et autonome. Nous le faisons grâce à notre savoir-faire d’exploration et de transformation de ressources locales. Le projet Lithium de France, que nous développons actuellement en Alsace, vise à produire à la fois une chaleur décarbonée et compétitive pour les industries locales et un lithium à destination de la filière automobile française. Les 27 000 tonnes d’équivalent carbonate de lithium que nous projetons satisferont 30 % des besoins annuels français. Nous mettons ainsi en place le socle de la filière française de la batterie qui se déploie actuellement. Les menaces récentes de la Chine de restreindre les exportations de terres rares et de métaux critiques ont fait sentir la réalité de ce risque pour tous les secteurs de l’économie, des énergies renouvelables aux industries de la défense.
La France dispose-t-elle d’un potentiel suffisant dans ses sous-sols pour soutenir une autonomie stratégique ?
Oui, et c’est même l’un des grands paradoxes français. La France dispose d’un sous-sol encore largement sous-valorisé, alors que sa géologie est exceptionnellement favorable, qu’il s’agisse de chaleur géothermale ou de métaux critiques comme le lithium. La France dispose d’un potentiel de chaleur géothermale d’environ 300 TWh, dont un tiers est, selon le Plan d’action national en faveur de la géothermie, exploitable à horizon 2040. Ce qui représente 20 à 30 % des besoins en chaleur français évalués par l’Ademe à cette date. Et ces estimations n’intègrent pas la production de froid que les installations géothermiques sont en mesure de produire l’été ! La géothermie a vocation à devenir l’un des piliers du mix énergétique de la chaleur et du froid du XXIe siècle.
Lorsque l’on sait que la production de chaleur représente la moitié de la consommation énergétique française, on mesure l’impact que la géothermie aura sur la réduction de la dépendance de la France aux importations de gaz. De la même manière, grâce au lithium géothermal, la géothermie contribuera significativement à la mobilité électrique et à l’électrification des usages.
Nous projetons une autosuffisance française de 30 à 40 % dans quelques années grâce au lithium géothermal.
La décarbonation et l’exploitation responsable des ressources exigent des investissements lourds. Comment concilier attractivité financière et durabilité environnementale pour les territoires ?
La transition énergétique ne réussira que si elle se montre économiquement viable. Les investissements nécessaires sont importants, mais ils créent de la valeur sur le long terme : emplois non délocalisables, recettes fiscales locales, baisse des importations, stabilité énergétique.
Ce qui fait la différence, c’est la prévisibilité et la clarté du cadre public. Lorsque les règles sont stables et les objectifs clairs, les investisseurs – industriels comme financiers – sont au rendez-vous. De notre côté, nous démontrons qu’il est possible d’aligner performance économique et impact positif : une énergie décarbonée, une ressource stratégique produite localement, et des territoires qui profitent directement de cette activité. C’est cette convergence entre industrie, écologie et souveraineté qui rend ces projets attractifs et durables.