Municipales 2026 : les nouveaux maires face à l’incertitude

Fin mars, les Français ont élu leurs conseils municipaux dans un contexte d’abstention record de 42%[1]. La campagne, marquée par l’irruption des enjeux nationaux à l’approche de la présidentielle, a accentué la rupture entre élites politiques et citoyens, de plus en plus tentés par les extrêmes. Face au risque de « dégagisme », les maires sont en première ligne pour répondre aux besoins de proximité. Ils portent les actions concrètes du quotidien. Il est urgent de les soutenir, car l’échelon communal demeure un rempart clé face à la crise démocratique.

Des ressources financières sous tension

Les communes affrontent une succession de crises inédites avec des effets durables sur l’économie : COVID-19, guerre en Ukraine, guerre au Moyen-Orient, pénuries de matériaux. Le coût des fluides (électricité, gaz) a bondi, réduisant fortement les capacités d’investissement[2]. Les coûts des matériaux ont aussi augmenté de +31 % entre 2020 et 2023[3]. Pourtant les besoins d’investissement restent considérables, notamment pour la transition écologique. L’État doit renforcer son soutien en sécurisant les ressources et simplifiant les procédures. Les collectivités doivent aussi mobiliser de nouveaux leviers avec les acteurs économiques locaux : SEM[4], foncières public-privé pour porter des projets d’investissement, stratégie de cessions au profit d’activités créatrices d’emplois.

A quand une véritable simplification ?

La conduite des projets territoriaux reste un parcours du combattant. Aux contraintes financières s’ajoute une complexité administrative croissante. Un projet de rénovation de centre-ville ou de requalification de friches, pourtant vertueux, est soumis aux mêmes exigences qu’un projet artificialisant des espaces naturels. Il faut ainsi 5 à 6 ans d’études techniques, environnementales et réglementaires, soit la durée d’un mandat, avant de démarrer le moindre chantier. De quoi décourager les élus et nourrir un terrible sentiment d’immobilisme chez les citoyens.

Faire des collectivités l’avant-garde de la souveraineté

Face aux enjeux géopolitiques et de pouvoir d’achat, les territoires doivent renforcer leur souveraineté énergétique, industrielle et agricole. Les collectivités peuvent développer leur autonomie énergétique via des réseaux locaux de chaleur ou de froid. La réimplantation industrielle, dans les 50 agglomérations les plus touchées par le chômage, contribuerait à revitaliser ces territoires et créer des emplois productifs. La souveraineté alimentaire passe aussi par le soutien à la diversification agricole, au maintien des exploitations et aux débouchés, notamment par la restauration collective. Enfin, la revitalisation passe par le logement : alors que près de 70 % des Français sont éligibles au logement social[5], celui-ci reste parfois stigmatisé. Pourtant, un territoire dynamique est un territoire habité, vivant et attractif.

Consolider les moyens, simplifier les règles et construire une vision claire d’aménagement du territoire : trois éléments indispensables pour donner aux collectivités leur capacité à agir et recréer la confiance entre élus et citoyens.

Sources :

[1] 2026 est le niveau d’abstention le plus élevé des municipales récentes hors 2020, où le scrutin était marqué par la pandémie de COVID-19.

[2] Le budget de fonctionnement alimentant le budget d’investissement, ce dernier est réduit d’autant lorsque les coûts liés aux consommations courantes (fluides, consommables) augmentent. De plus, contrairement à l’Etat, les collectivités ne peuvent financer le fonctionnement par la dette.

[3] Source : ADEME, Observatoire de la Transition Ecologique du Bâtiment.

[4] Sociétés d’économie mixte.

[5] Source : Union sociale pour l’habitat, 2024. Etude sur l’éligibilité des ménages français au logement social – ANCOLS | L’Union sociale pour l’habitat