Gilles Fromageot, CEO d’AXA Afrique Atlantique, acteur régional structurant

Avec 40 ans d’histoire pour le Groupe AXA et 25 ans de présence au Maroc, une nouvelle étape s’ouvre en Afrique : la création d’AXA Afrique Atlantique marque bien plus qu’une évolution organisationnelle, elle incarne une ambition claire, celle de construire un acteur régional capable de conjuguer vision de long terme, excellence opérationnelle et impact concret, au plus près des réalités locales. Dans un continent en pleine transformation, où les besoins en protection restent considérables et les attentes des clients évoluent rapidement, AXA Afrique Atlantique entend jouer un rôle structurant. Inclusion assurantielle, transformation par la data et l’intelligence artificielle, accompagnement des économies locales et montée en puissance des talents : les enjeux sont multiples, mais convergent vers un même objectif, celui de bâtir une assurance plus accessible, plus performante et plus utile. Dans cet entretien, Gilles Fromageot, CEO AXA Afrique Atlantique, nous partage sa lecture des grandes mutations à l’œuvre et sa feuille de route pour les années à venir dans la région.

AXA Group a récemment fêté ses 40 ans d’histoire, et AXA Assurance Maroc ses 25 ans de présence dans le Royaume chérifien. Comment définissez-vous la place d’AXA en Afrique Atlantique, et plus généralement dans le continent, dans la stratégie globale du Groupe pour les prochaines années ?

AXA est un groupe global, mais profondément ancré dans les réalités locales. L’Afrique, et en particulier la région que nous avons décidé de réorganiser sous le nom d’AXA Afrique Atlantique, occupe aujourd’hui une place stratégique dans cette trajectoire.

La création d’AXA Afrique Atlantique répond à une conviction simple : le développement du continent exige des acteurs panafricains capables de conjuguer vision de long terme, excellence technique et impact concret, tout en restant au plus près des attentes de nos clients et de nos écosystèmes.

En un an depuis mon arrivée à la tête de cette zone en février 2025, nous avons posé les bases d’une plate-forme régionale plus intégrée, avec une organisation clarifiée, des priorités partagées et une capacité renforcée à mutualiser nos expertises pour mieux servir chacun des marchés. Notre ambition est claire : faire d’AXA Afrique Atlantique un moteur de croissance du groupe en Afrique, et non une simple addition de marchés.

Dans un continent qui prend de plus en plus de place, quels sont selon vous les trois leviers structurants qui vont redéfinir le marché africain de l’assurance d’ici à 2030, malgré les contraintes, qu’elles soient réglementaires, financières ou liées à la maturité des marchés ?

Trois dynamiques majeures vont structurer le marché : d’abord, l’élargissement de la base assurantielle, sur un continent où le taux de pénétration de l’assurance est inférieur en moyenne à 1 % hors Afrique du Sud, en raison d’une demande croissante, notamment sur l’assurance santé et le décès, mais également marquée par un besoin accru pour des offres de plus en plus accessibles et de plus en plus inclusives, adaptées à l’économie africaine.

Ensuite, la transformation technologique, notamment autour de la data et de l’intelligence artificielle, qui constitue un levier majeur dans la connaissance client. On le constate déjà : les attentes des clients évoluent vers plus de simplicité et d’instantanéité.

Et enfin, la montée en complexité des risques, qu’ils soient climatiques, sanitaires, socio-économiques ou géopolitiques. Ces trois évolutions majeures imposent aux assureurs d’être à la fois plus innovants, plus agiles et plus proches de leurs clients.

Vous évoquez le besoin d’aligner excellence technique, performance financière responsable, service client et impact sociétal. Comment cet alignement se traduit-il concrètement dans votre plan 2026-2030 ?

Notre stratégie repose sur un principe fondamental : aligner croissance et impact. Concrètement, cela se traduit par un renforcement de notre expertise technique et de notre pilotage de la performance, mais aussi par une réflexion profonde et continue des parcours client en profitant des opportunités que nous offrent la data et l’IA.

Nous simplifions l’expérience, notamment en souscription et en indemnisation, tout en intégrant dès que nécessaire l’IA dans nos processus clés.

Par exemple, nous travaillons déjà à réduire significativement les délais d’indemnisation grâce à des outils techs qui automatisent certaines étapes tout en améliorant la qualité de service. Ces projets aujourd’hui en phase de déploiement construiront demain un modèle assurantiel à la fois robuste, scalable et capable de délivrer de la valeur ajoutée au client.

Comment votre entité va-t-elle accélérer sur les segments à forte croissance : santé, TPE/PME, gros risques et risques futurs ?

Nous concentrons nos efforts sur des segments à fort impact économique et social. Dans ce contexte, la santé est bien entendu un levier majeur, avec des besoins croissants en couverture mais aussi en services, notamment en prévention.

Pour ma part, je crois au fort potentiel du segment des TPE/PME, qui constituent une part très majoritaire dans le tissu économique africain. Ces entreprises demandent des solutions simples, accessibles et adaptées à leurs réalités, et c’est sur ces attentes que nous travaillons.

En ce qui concerne les grandes entreprises, les risques industriels et émergents appellent des expertises renforcées, notamment dans un contexte de transformation économique et climatique, en alliant couverture assurantielle, prévention des risques et anticipation des couvertures assurantielles du futur.

Que ce soit pour les entreprises de toutes tailles ou les individus et les familles, ma priorité avec mes équipes est de toujours réfléchir à développer des offres plus modulaires et plus flexibles afin de répondre de manière concrète aux besoins des clients et d’accompagner leurs chemins de vie.

Plus de 40 % de la population africaine n’ont toujours pas accès à une couverture d’assurance. Quelle est votre stratégie pour accélérer l’inclusion assurantielle de manière pérenne ?

Effectivement, les ambitions citées plus haut seront vaines si elles ne sont pas accessibles. L’inclusion assurantielle est donc un enjeu pivot du secteur.

Notre action s’articule autour de plusieurs enjeux : le développement d’offres toujours plus accessibles financièrement, qui répondent aux véritables besoins des populations locales, et auxquelles elles puissent accéder simplement, d’où l’importance de multiplier les partenariats numériques solides pour élargir la distribution et atteindre nos clients là où ils sont.

L’assurance ne doit plus être perçue comme un coût, mais comme un atout pour protéger véritablement ce qui compte, et comme un levier de développement accessible au plus grand nombre.

Le Groupe AXA est un des assureurs les plus avancés en matière d’utilisation et d’intégration de l’IA. Quel rôle joue ou jouera l’IA dans la transformation des chaînes de valeur dans le secteur ?

L’intelligence artificielle est déjà un levier de transformation très concret ! Son utilisation responsable et efficiente améliore la qualité de service, notamment en accélérant les processus d’indemnisation, en renforçant la détection de fraude et en personnalisant davantage les offres.

Nous travaillons sur ces sujets depuis plusieurs années et certains sont déjà déployés au sein des entités d’AXA Afrique Atlantique avec des cas d’usage opérationnels qui commencent à produire des résultats mesurables.

Mais au-delà de la technologie, notre priorité est de l’intégrer de manière responsable et transparente, au service de nos clients.

Quels profils et compétences seront indispensables pour construire l’assurance africaine de demain ?

L’assurance de demain reposera sur une combinaison de compétences techniques solides, de nouvelles expertises mais également des soft skills fortes. Par exemple, les enjeux liés à la data, à l’IA, à la gestion des risques ou encore à la santé vont exiger des profils de plus en plus spécialisés. D’un autre côté, le volet humain, la capacité d’adaptation et l’intelligence relationnelle seront déterminantes pour mieux comprendre les réalités locales, continuer à innover et travailler dans des écosystèmes de plus en plus complexes et évolutifs.

Ma priorité avec mes équipes est de toujours réfléchir à développer des offres plus modulaires et plus flexibles afin de répondre de manière concrète aux besoins des clients et d’accompagner leurs chemins de vie.

Entre changement climatique, tensions géopolitiques et évolutions sociales et sociétales, quels risques émergents surveillez-vous de près ?

Nous publions tous les ans l’AXA Future Risks Report qui analyse les risques majeurs susceptibles d’impacter le monde dans les cinq à dix prochaines années. La transition climatique reste le principal enjeu, cité à la fois par les experts et par le grand public. Le changement climatique est devenu une réalité et aura des impacts concrets sur les populations et les économies africaines, avec des événements climatiques de plus en plus fréquents et intenses.

L’instabilité géopolitique est également une source d’inquiétude qui ne fait que croître, notamment dans la suite des récents événements au Moyen-Orient. De nouveaux risques liés aux évolutions technologiques ne cessent d’émerger, liés à la croissance exponentielle de l’IA et à la cybercriminalité. L’ensemble de ces incertitudes font évoluer en profondeur notre mission d’assureur : il ne s’agit plus seulement de couvrir, mais aussi d’anticiper, de prévenir et d’accompagner. Ce qui passe par des capacités d’analyse et de modélisation renforcées pour mieux servir nos clients dans la durée.

Pourquoi l’Afrique est-elle une opportunité stratégique – et non un « pari » – pour AXA ?

L’Afrique n’est pas un pari, c’est une évidence stratégique : le continent bénéficie de dynamiques démographiques et économiques fortes, mais surtout d’une capacité d’innovation remarquable. Il offre l’opportunité de construire des modèles plus agiles, plus inclusifs et plus directement connectés aux besoins des clients. C’est un engagement de long terme, avec une ambition claire : contribuer, à notre échelle, au développement durable et à la résilience des économies africaines. —