Catherine Brunaud-Rhyn (Attitude Manche) : L’attractivité territoriale comme horizon collectif
Choiseul Magazine inaugure une série de portraits mettant à l’honneur les grands acteurs de l’économie de la Manche. Pour Catherine Brunaud-Rhyn, ce territoire entre dans une phase décisive. Porté par un regain d’image, une économie dynamique et de nouveaux besoins de recrutement, il doit désormais transformer ses atouts en capacité d’accueil durable. Une ambition qu’elle porte à la croisée de ses fonctions de vice-présidente du Conseil départemental en charge de l’attractivité et de présidente d’Attitude Manche.
Faire tenir la promesse du territoire
Dans le récit qu’elle porte, la Manche ne se résume pas à ce département que l’on choisit pour son littoral, son cadre de vie ou la possibilité d’y respirer autrement. La Manche est aussi devenue un territoire où l’on vient travailler, entreprendre, s’installer. Catherine Brunaud-Rhyn le voit dans les chiffres comme dans les échanges de terrain. Le département accueille 750 nouveaux actifs par an, affiche un solde migratoire positif et un taux de chômage de 5 % – le troisième plus bas de France –, en plus de s’appuyer sur une économie portée à la fois par un tissu dense de PME/TPE et par de grands projets de développement.
Cette dynamique, elle la lit néanmoins sans triomphalisme. Car derrière le mouvement, une ligne de crête se dessine. La Manche attire, mais elle devra attirer plus encore. Elle recrute, mais devra recruter bien au-delà de ses viviers actuels. À l’horizon 2050, le territoire pourrait perdre 21 % de sa population active, soit près de 1 500 actifs par an. L’enjeu consiste donc à préparer les conditions d’un véritable changement d’échelle.
C’est là qu’Attitude Manche prend tout son sens. Cette agence territoriale de promotion du tourisme dans la Manche s’est construite, depuis l’origine, sur une logique d’alliance entre acteurs publics et privés. Aujourd’hui, 450 adhérents participent à cette fabrique commune. Dans cette logique, l’agence travaille notamment autour du label employeur territorial, pensé pour rapprocher la promesse des entreprises et celle du département. « La promesse de l’employeur et celle de la Manche se recoupent et le candidat à l’installation ne doit être déçu ni par l’un ni par l’autre », explique-t-elle.
Une ambition d’installation plus que de séduction
Pour Catherine Brunaud-Rhyn, le mot attractivité a quelque chose de très concret. Il parle d’emploi, bien sûr, mais aussi de logement, de services, de santé et de projections de vie. Il parle surtout de cohérence. S’il fallait résumer la force de la Manche, elle la situerait dans « cet équilibre parfait entre la qualité de vie et les opportunités professionnelles ». Une équation d’autant plus précieuse que le département conjugue, au nord, de grands projets industriels autour d’Orano, d’EDF ou de Naval Group, et, au centre comme au sud, un ensemble de filières qui participent tout autant à son rayonnement. C’est, dans son esprit, la matière même du projet de territoire.
Cette force, encore faut-il la rendre sensible, visible, partageable. D’abord à l’extérieur, avec les campagnes promotionnelles en cours à Paris, à Rennes et dans les grandes villes normandes. Mais aussi depuis l’intérieur. Catherine Brunaud-Rhyn accorde une place centrale à la manière dont les habitants eux-mêmes regardent leur territoire. En dix ans, la part de ceux qui estiment que son image est maîtrisée est passée de 10 à 70 %. À ses yeux, cette évolution accompagne l’affirmation d’une fierté manchoise plus visible, d’autant plus précieuse que les habitants en sont aussi les premiers ambassadeurs.
Le sujet est d’autant plus stratégique que l’attachement existe déjà. Neuf Manchois expatriés sur dix disent rester liés au territoire, et huit sur dix envisagent d’y revenir. Tout l’enjeu consiste à faire de ce désir de retour une décision de vie active. C’est la raison pour laquelle elle assume une cible très nette que sont les jeunes actifs. Cette ambition se traduit notamment par la préparation d’un livre blanc de l’attractivité et par l’organisation d’assises dédiées, annoncées pour novembre 2026. Au bout, un cap fermement assumé : « Notre département va devenir le territoire, hors grandes métropoles, le plus attractif pour les jeunes actifs d’ici 10 ans ».