Pierre Desjardins (C12) : « Leadership technologique : l’Europe n’a plus le droit à l’hésitation »

Choiseul Magazine donne la parole à Pierre Desjardins, lauréat du Choiseul 100 2026 et Co-fondateur et CEO de C12, startup spécialisée dans l’informatique quantique.

Il existe une constante dans l’histoire des grandes puissances : le leadership économique et stratégique suit, tôt ou tard, le leadership technologique. Ceux qui maîtrisent les technologies fondamentales d’une époque fixent les règles du jeu pour les autres. Ce fut vrai pour l’atome, pour les semi-conducteurs, pour le logiciel. Ce sera vrai pour l’intelligence artificielle et, peut-être plus encore, pour l’informatique quantique.

Le quantique n’est pas une technologie de plus dans le catalogue de l’innovation.

La technologie quantique est une rupture de paradigme : elle promet de résoudre des classes entières de problèmes que les ordinateurs les plus puissants ne pourront jamais traiter, des optimisations complexes à la modélisation moléculaire, en passant par la cryptographie et la modélisation avancée pour l’ingénierie et la défense.

Le pays ou le continent qui franchira en premier les seuils industriels décisifs disposera d’un avantage asymétrique et durable dans des domaines aussi fondamentaux que la défense, la finance ou la santé. C’est d’ailleurs l’analyse que partagent aujourd’hui la plupart des agences de sécurité et des instituts stratégiques sérieux.

Le leadership technologique : un enjeu de souveraineté

C’est précisément pour cela que les États-Unis et la Chine ont engagé des ressources considérables depuis plusieurs années, publiques comme privées, et que la question du leadership quantique est devenue un enjeu de politique étrangère à part entière.

L’Europe, de son côté, a pris conscience de l’enjeu. La France a lancé en 2021 un plan national doté de 1,8 milliard d’euros sur cinq ans, le plus ambitieux d’Europe à son lancement. La Commission européenne a publié en 2025 une stratégie quantique structurée autour de cinq piliers. Ce sont des signaux réels, et il faut les saluer. Mais la lucidité s’impose.

L’avenir du leadership européen se joue aujourd’hui

Malgré un écosystème de startups parmi les plus actifs au monde, l’Europe n’attire qu’environ 10% des investissements privés mondiaux dans le secteur quantique, quand les États-Unis en captent près de la moitié. Le capital-risque, les talents formés à ces disciplines et les standards technologiques se concentrent là où les engagements sont tenus dans la durée et de manière significative. Il n’y a rien d’une fatalité, c’est un retard qu’il est encore possible de combler, à condition que la volonté politique se traduise en décisions industrielles concrètes.

Je suis fier de faire partie du palmarès Choiseul qui recense ceux qui construisent le leadership européen de demain. Il nous reste à convaincre nos institutions d’être aussi ambitieuses que nous le sommes : commandes publiques structurantes, accès au capital à des conditions compétitives, coordination européenne réelle plutôt que juxtaposition de plans nationaux. La fenêtre est encore ouverte. Elle ne le restera pas indéfiniment.

Pierre Desjardins est lauréat du palmarès Choiseul 100 2026 réalisé par l’Institut Choiseul, à retrouver dans son intégralité ici : Choiseul 100 2026