Le 13 novembre 10 ans après : la menace est devant nous
Le 10ème anniversaire des massacres du 13 novembre 130 morts, 2 suicidés (et un nombre considérable de blessés et traumatisés) est un moment de recueillement pour la nation tout entière. Il est également une période propice pour réfléchir à cet évènement et à ses conséquences.
On ne n’attardera pas sur notre responsabilité directe : manque de coordination interservices nationale et internationale (notamment avec la Belgique) ; éparpillement de l’information ; restructurations mal venues (la création de la DCRI en 2008, puis DGSI en 2014, avait émietté le renseignement territorial) ; excès de confiance. Beaucoup de ces défauts ont été corrigés. L’essentiel, aujourd’hui et pour demain, est l’état de la menace.
Les auteurs de ces crimes et d’autres qui les ont précédés ou suivis, provenaient des réseaux liés à Al Qaida et, surtout, à « l’Etat islamique » ou Daech. C’est une conjonction de jihadistes Français, Belges et venus du Moyen-Orient qui perpétra ces attentats.
Al Qaida et Daech divergent sur leurs stratégies et leurs objectifs politiques, mais dans les deux cas les organisations jouent sur le temps long d’une guerre sans fin. Modèles rhizomiques, avec des centres à recomposition permanentes, ces organisations se déplacent sur des espaces faibles comme des gouttes de mercure. Elles renforcent leur ancrage territorial par des alliances avec des groupes à ambition territoriale. Le Sahel, où porte l’effort depuis la défaite en Syrie/Irak, s’assimile à la « glocalisation » des économistes.
On a tendance, le temps passant, à lire le 13 novembre sous le prisme d’exaltés jouant leur va-tout dans un 11 septembre à la française. Cette analyse est erronée. La menace jihadiste, s’inscrit dans un mouvement révolutionnaire à long terme que l’anthropologue Scott Atran définit comme la troisième vague révolutionnaire mondiale après le communisme et le fascisme[1] : « un puissant mouvement politico-religieux dont les membres se perçoivent comme une avant-garde révolutionnaire. »
Le jihadisme mondialisé propose donc un projet politique complet à imposer par la force à la fois contre les modèles occidentaux et contre les sociétés et pouvoirs arabo-musulmans classiques. Dans ce schéma, l’Europe et la France en particulier sont considérées comme des cibles privilégiées.
Malgré un calme relatif hélas scandé par des actes barbares (et 15 attentats déjoués depuis 2024) et d’autres conflits (Ukraine), les ennuis sont devant nous. Il faut donc s’y préparer. Or les réponses policières et militaires ne peuvent suffire à elles seules. Elles doivent impérativement s’accompagner d’une dimension politique forte qui englobe la menace dans sa totalité.
[1] L’Etat islamique est une révolution, Paris, Liens qui libèrent, 2016.