Le grand atlas des menaces

L’ humain a divisé en ères la planète Terre en se fondant sur la science – géologie, paléontologie, climatologie, écologie… –, des ères cisaillées par de grands événements, depuis la Grande Oxygénation après l’apparition de la photosynthèse jusqu’à l’Holocène commencé il y a quelque 10000 ans, clément et stable.

Mais qui ne l’est plus. Car l’Homo sapiens apparu 300000 ans plus tôt, au Cénozoïque (période Quaternaire, époque géologique Pléistocène, époque archéologique Paléolithique moyen) a cheminé sur cette planète jusqu’à la considérer comme la « toile de fond des affaires humaines », selon l’expression des coauteurs de cet Atlas de l’Anthropocène, François Gemenne et Aleksandar Rankovic*. Le météorologue et chimiste de l’atmosphère anglo-polonais Paul Josef Crutzen, prix Nobel de chimie, a dénommé avec talent Anthropocène la fin de l’Holocène, ère datée selon les uns et les autres de quelques milliers ou quelques dizaines d’années, la première à porter les traces – délétères – de la présence humaine.

Un condensé de l’irréversible

Ces traces se matérialisent par le réchauffement global du climat, par la chute de la biodiversité, par les pollutions majeures et quantité de crises liées entre elles dont cette deuxième édition de l’Atlas donne à voir « l’imbrication des causes et conséquences », comme l’expriment ces grands vulgarisateurs de phénomènes complexes.

Ils y parviennent avec le concours de l’Atelier cartographique de Sciences Po dont les graphiques, courbes et schémas éclairent ce volume qui réussit l’exploit de conserver un format mince tant la densité de ses informations se montre magistralement orchestrée.

C’est là le mérite de cet ouvrage où sont représentées et commentées toutes les facettes de cet Anthropocène tellement marqué désormais par une série de phénomènes irréversibles et patents et pourtant niés par les pires imbéciles qui gouvernent ce monde mis en danger pour l’humanité et « à cause » d’elle.

Un ensemble de données de crise

Ce que Gemenne et Rankovic nomment la géo-politique s’articule en sept parties enfin synthétisées – chacune a déjà fait l’objet d’un océan de publications compartimentées. Ils consacrent la première à ce fameux concept d’Anthropocène, avant une partie consacrée à l’ozone, marqueur incontestable de l’activité humaine et première alerte mondiale.

Les facettes du climat réchauffé précèdent l’examen des causes et symptômes de l’extinction en cours, ouverture vers les pollutions multiples avant l’examen de l’état de la surpopulation (« 11 milliards de sapiens en 2100 »). La conclusion prend la forme d’une septième partie consacrée aux « Politiques de l’Anthropocène », avec ses « Avancées et reculades ».

La postface posthume de celui qui eut la capacité de penser l’humain au regard de la sociologie, de l’anthropologie, de la théologie et de la philosophie des sciences, Bruno Latour, se clôt sur cette mise en garde: « […] il est tout à fait vain de prétendre dominer, maîtriser, posséder la Terre [au risque] de se trouver écrasé par Celle que personne ne peut porter sur ses épaules. »

Cet Atlas-ci porte au moins devant les yeux du grand public les alertes de survie de l’humanité.


* Respectivement politologue et chercheur belge, et docteur en écologie, diplômé en affaires internationales.

L’ouvrage est disponible via ce lien : L’Atlas de l’Anthropocène