Florian Daguet-Bresson : « Une certaine ténacité et un brin de folie sont nécessaires »
Lauréat du palmarès Les 200 leaders de demain, établi par l’Institut Choiseul et Le Figaro, Florian Daguet-Bresson est un marchand d’art qui incarne une nouvelle génération d’acteurs culturels alliant exigence esthétique, esprit entrepreneurial et rayonnement international. À travers un parcours bâti sur l’indépendance, un regard reconnu et une vision affirmée du marché de l’art, il contribue activement à la valorisation de l’excellence artistique française et à la place centrale de Paris sur la scène mondiale. Un parcours à suivre.
Vous avez débuté très jeune sur le marché de l’art auprès de galeries spécialisées avant de fonder la vôtre. Qu’est-ce qui vous a amené à devenir indépendant ?
J’ai toujours eu un esprit indépendant et d’entrepreneur, j’ai avancé par mes propres moyens, cela forge !
Au fil des années, j’ai su tisser un réseau solide de professionnels, d’acteurs du marché de l’art, d’artistes et de passionnés. Mon œil a très tôt repéré des pièces qui se sont avérées rares et exceptionnelles, j’ai très vite été suivi et remarqué par des confrères et d’importants collectionneurs. Cette reconnaissance précoce m’a donné la légitimité et l’élan nécessaires pour aller plus loin. Les projets et les opportunités de collaboration se sont enchaînés et multipliés. Lorsque le moment s’est présenté de devenir capitaine de mon propre bateau, j’ai eu l’énergie et l’assurance pour me lancer et ça a très bien marché.
Bien qu’il y ait une part d’instinct, cela a été un long parcours avec des décisions importantes à prendre au bon moment. Les heures ne se comptent pas, il n’y aucune frontière entre la vie professionnelle et privée. D’ailleurs je n’ai pas de vie professionnelle !
J’ai grandi en Provence, non loin de Isle-sur-la-sorgue, où de nombreux antiquaires exercent et font une part de la renommée de la ville. J’ai eu la chance très jeune d’être au contact de cet univers très fermé qu’est le marché de l’art. Ma grande curiosité et mon attrait pour les belles choses m’ont amené à découvrir de nombreuses collections privées et visiter des musées du monde entier. Les rencontres, les relations passionnées, comptent énormément. La ténacité et un brin de folie sont nécessaires.
En tant que marchand d’art, comment décririez vous votre œil et votre style de sélection artistique ? Quels critères suivez-vous quant à la sélection des artistes ?
Force esthétique et excellence d’exécution sont deux critères déterminants. Puis il y a l’importance de la couleur, la fraîcheur, parfois l’humour. Fort de mon regard, reconnu au-delà de nos frontières, j’ai une grande confiance en mes choix. On dit de moi que j’ai un regard aiguisé, “Sharp eye” pour reprendre les mots de la presse anglo-saxonne, mais aussi très français, sûrement le côté raffiné.
Pour le choix des œuvres contemporaines, il y a un rapport avec une actualité esthétique, je présente des œuvres, des artistes qui apportent leurs pierres à l’édifice de l’histoire de l’art de la céramique. Il faut que leur démarche soit singulière, qu’il en résulte un univers artistique identifiable. En céramique, à mes yeux, un mauvais technicien ne fait jamais un bon artiste.
Pour ce qui est des pièces anciennes, je montre le meilleur des grands maîtres, des pièces d’exception, uniques ou rare d’artistes comme Pablo Picasso, Georges Jouve, Alice Colonieu, Guidette Carbonell, des pièces historiques de la manufacture nationale de Sèvres, actuellement j’ai à la galerie, le vase iconique de Pierre Soulages dont un exemplaire trône à l’Elysée dans la salle des conseils des ministres. J’aime présenter des œuvres d’artistes du passé : cela apporte une légitimité et contribue à une meilleure compréhension de mes choix d’artistes contemporains. Cela demande beaucoup d’exigence et de connaissances.
Il y a aussi une part importante de sensibilité personnelle, il faut savoir détecter le talent, présent ou endormi, le guider, c’est le résultat d’une décantation de ce qui a attiré mon regard à travers mes expériences et aventures esthétiques.
Ma galerie d’art c’est aussi un commerce, il faut que ça tourne ! Il est nécessaire d’avoir une réponse positive de mes clients. Je suis pour les réussites commerciales, le concept de l’artiste maudit, c’est dépassé. Être marchand d’art, c’est aussi et avant tout une aventure humaine, avoir une complicité, amicale et intellectuelle avec ses artistes et ses clients, se surprendre, cela permet de faire naître les plus beaux projets artistiques.
Comment voyez-vous la place parisienne dans la mondialisation constante du monde de l’art et notamment celle du marché français face à Londres, New-York ou l’Asie ?
La culture française est l’une des plus appréciées et des plus désirées, elle occupe une place unique dans les esprits du monde entier. Pour moi, la force de la France de demain, c’est l’immense désirabilité de sa culture : sa gastronomie, son patrimoine, ses savoir-faire, sa joie, son art de vivre et sa capacité à le partager.
Paris occupe et occupera toujours une place importante dans le marché de l’art. Elle est l’une des plus belles villes du monde, avec les infrastructures et les attraits nécessaires pour attirer les acheteurs et passionnés les plus exigeants.
Nous avons parmi les plus beaux et importants musées, les palaces et restaurants les plus sophistiqués, des boutiques extraordinaires, un milieu artistique des plus créatifs, des marques fortes qui font aujourd’hui la renommée de notre pays.
Paris n’est pas seulement un marché : c’est un écosystème culturel complet.
Je ne suis pas inquiet pour cela, de la place de Paris face aux autres grandes capitales. Ce qui m’inquiète davantage, c’est le mépris de certains pour l’excellence, les arts et notre culture, ainsi que les décisions qui pourraient conduire à dissoudre cette force essentielle de notre pays, alors même qu’elle constitue l’une de nos principales ressources de rayonnement international.
Il y a une authenticité, une vérité profondément inscrite dans l’art et chez les esthètes français. Le marché spéculatif en France est relativement faible : les gens achètent avant tout par amour des belles choses, la plus sûre des valeurs.
Cette qualité, cette démarche portée par la grande majorité des professionnels du marché de l’art français, est clairement observable dans l’histoire récente du marché ; elle renforce la légitimité et la position de notre pays, lui donne une crédibilité durable sur la scène internationale. La grande diversité et la disponibilité d’expertises, couvrant toutes les époques et toutes les spécialités, constituent une richesse unique. Nous sommes la ville au monde qui compte le plus de galeries d’art au kilomètre carré; nos experts sont demandés et recrutés dans le monde entier, et les étudiants en art et en histoire de l’art, des quatre coins du globe, rêvent de venir étudier dans notre pays.
Il y a un signe qui ne trompe pas : que ce soit au XXᵉ siècle ou aujourd’hui, les plus grands artistes souhaitent travailler avec des marchands d’art français. De Warhol à Basquiat, en passant par Baselitz, Murakami ou David Hockney, de l’Afrique au Japon, de l’Amérique aux quatre coins de l’Europe, cette volonté des artistes de figurer dans les galeries ou les institutions françaises place Paris au sommet, non par effet de mode ou financière, mais par exigence artistique. Paris reste un point central naturel dans un marché international qui tend à se dissoudre vers d’autres capitales.
Je vends aujourd’hui, depuis ma galerie de la rue de l’Arcade dans le 8ème arrondissement de Paris, près de la Madeleine, des œuvres de mes artistes aux quatre coins du monde, Timothée Humbert de Honolulu au Caire, en passant par Los Angeles, New York et Vienne pour Claire Lindner, Riyad ou Hong Kong pour Mel Arsenault : c’est une immense fierté.
Retrouvez le palmarès intégral des 200 leaders de demain réalisé par l’Institut Choiseul et Le Figaro : Institutions, économie, médias, culture… Le palmarès des 200 jeunes qui feront la France de demain