Joseph Choueifaty (Goodvest) : « On ne devrait pas avoir à choisir entre performance financière et cohérence environnementale »

L’engagement de Joseph Choueifaty, lauréat du palmarès Les 200 leaders de demain réalisé par l’Institut Choiseul et Le Figaro s’enracine dans un double constat forgé au cœur de la crise du Covid : une épargne en forte hausse chez les particuliers, et une prise de conscience brutale de l’urgence climatique. Fondateur de Goodvest, il s’est donné pour objectif de combler le fossé entre finance et transition écologique, en faisant de l’épargne un levier d’action concret et mesurable. Selon lui, on ne devrait pas avoir à choisir entre performance financière et cohérence environnementale. À l’heure où la finance à impact s’impose dans le débat public, il défend l’idée d’une transition irréversible vers une nouvelle norme, où l’alignement climatique deviendra un prérequis plutôt qu’un simple argument marketing.

Y a-t-il eu un moment charnière ou un déclic personnel qui vous a conduit à vouloir réconcilier épargne, finance et impact environnemental à travers Goodvest ? 

Oui, le moment charnière a clairement été la période du COVID. À ce moment-là, deux phénomènes se télescopent : d’un côté, les Français épargnent massivement, faute de pouvoir consommer ; de l’autre, la crise provoque une vraie prise de recul sur nos modes de vie et sur l’urgence de la transition écologique.

C’est là que je fais le lien entre les deux — d’autant plus que je cherchais moi-même à investir à cette période. Et je constate un décalage très fort entre l’ampleur des enjeux climatiques et la manière dont fonctionne le secteur financier.

Pire encore : dans les fonds qui se revendiquent « durables », une grande partie relève en réalité du greenwashing. Progressivement, je réalise que l’épargne est un levier extrêmement puissant. Parce qu’au fond, l’épargne finance l’économie — qu’elle soit durable… ou non. Et c’est précisément à cet endroit que j’ai voulu agir.

Le paradoxe me saute alors aux yeux. D’un côté, on nous explique que la transition écologique est l’un des plus grands défis de notre siècle, de l’autre, l’épargne des particuliers – qui représente des milliers de milliards d’euros – continue majoritairement de financer des modèles incompatibles avec ces enjeux, souvent sans qu’ils le sachent.

Goodvest est né de cette frustration : l’idée qu’on ne devrait pas avoir à choisir entre performance financière et cohérence environnementale, et que l’épargne pouvait devenir un levier d’action concret, accessible, mesurable et exigeant.

La démocratisation de l’épargne et de l’investissement, notamment à un impact, est devenue une tendance forte dans le débat public comme dans les services proposés. Selon vous, sommes-nous à l’aube d’une nouvelle norme financière ou encore dans une phase de transition entre finance traditionnelle et finance à impact ?

Je pense que nous sommes clairement dans une phase de transition, mais une transition irréversible.

Aujourd’hui, la finance à impact n’est plus un sujet marginal. Elle est entrée dans le débat public, dans la réglementation, dans les attentes des clients. Mais attention : être en transition, ce n’est pas encore avoir changé de norme. La norme dominante reste encore une finance très court-termiste, où l’impact est souvent traité comme un “plus marketing” plutôt qu’un critère structurant. On parle beaucoup d’ESG, mais on voit bien que les pratiques ne suivent pas toujours les discours.

Ce qui change profondément, en revanche, c’est la pression combinée de trois forces :

  • les épargnants, de plus en plus exigeants sur l’usage de leur argent,
  • les régulateurs, qui renforcent les cadres de transparence,
  • et la réalité économique, car le risque climatique devient un risque financier tangible.

La vraie bascule viendra quand l’alignement climatique ne sera plus une option ou un label, mais un prérequis. On n’y est pas encore, mais on s’en rapproche vite.

 Quels sont aujourd’hui les principaux freins – pédagogiques ou réglementaires – à l’engagement des particuliers dans une finance pleinement alignée avec les enjeux climatiques ?

Il y en a trois principaux. D’abord, un frein pédagogique : la finance durable est encore trop complexe et peu lisible. Entre labels, scores et discours marketing, beaucoup de particuliers ne savent pas à quoi se fier.

Ensuite, un frein structurel et réglementaire : pendant longtemps, les règles du jeu ont été pensées uniquement autour de la performance financière. L’intégration réelle du climat est récente et encore incomplète, ce qui laisse de la place au greenwashing. Enfin, un frein psychologique : la peur de sacrifier la performance. C’est une idée reçue tenace, alors que l’alignement climatique peut aussi être un facteur de résilience sur le long terme.

Retrouvez le palmarès intégral des 200 leaders de demain réalisé par l’Institut Choiseul et Le Figaro : Institutions, économie, médias, culture… Le palmarès des 200 jeunes qui feront la France de demain