Les nouveaux influenceurs de l’entreprise : comment les révéler ?
Dans l’écosystème de l’entreprise moderne, les collaborateurs ne sont plus de simples relais : ils incarnent un pouvoir d’influence. Qui l’eût cru ? On parle dorénavant d’« employee advocacy », mais au-delà du terme, ce sont des voix internes qui deviennent des médias à part entière. Oui oui, votre prochaine recrue pourrait bien être votre meilleur micro.
Cette transformation bouscule l’image traditionnelle du dirigeant comme unique porteur de la marque : aujourd’hui, ce sont aussi les experts, les ingénieurs, les managers terrain jusqu’au stagiaire qui peuvent incarner la marque, enrichir son récit, amplifier sa crédibilité. La lignine hiérarchique ici s’efface car l’opinion prédomine sur le titre. Le défi pour les organisations ? Les révéler, les former, les inscrire dans une stratégie plutôt que les laisser agir au gré du hasard. Ces talents ne sont pas des panneaux publicitaires ni des hommes-sandwiches, mais des ambassadeurs humains témoignant pour l’entreprise.
Pourquoi révéler ces nouveaux influenceurs ?
Si l’influence n’appartient plus aux jeunes gens blottis sur Instagram et TikTok exposant un life style opulent, on voit apparaitre également sur LinkedIn de nombreuses voix qui impactent. Ces voix sont à révéler et en voici trois raisons fondamentales :
La portée et la crédibilité accrues. Les statistiques sont sans équivoque : les contenus partagés par les employés génèrent jusqu’à 8 fois plus d’engagement que ceux relayés par les comptes institutionnels. Clearview Social+2Sociabble+2 De même, dans un rapport de 2025, 61 % des organisations estimaient que l’employee advocacy était « extrêmement » ou « très » importante pour leur stratégie. (Source DSMN8)
La confiance accrue dans les voix internes. Un contenu venant d’un salarié est perçu comme plus authentique, car identifié à une personne « comme moi », et non à une entité abstraite. Le site GlassDoor, créé en 2007 était déjà le Trip Advisor du salariat pouvant qualifier en bien comme en mal une entreprise. C’était déjà, pour l’heure, les prémices d’un mouvement où le salarié, et surtout sa voix, comptaient. Cette authenticité est devenue un actif : dans un contexte de méfiance envers les discours institutionnels, les collaborateurs influents deviennent des relais de confiance.
Un levier à multiples bénéfices. Au-delà de la marque, de la notoriété ou de l’impact commercial, les programmes d’advocacy renforcent l’engagement interne, la culture d’entreprise, et attirent les talents. Par exemple, 34 % des entreprises interrogées dans une étude estimaient que leur programme d’advocacy avait eu pour plus grand impact l’augmentation de l’engagement des salariés.(Source DSMN8)
Comment les révéler ? Une danse en six pas
Pour passer d’un constat à une action stratégique, voici un cadre structuré :
- Identifier les talents à potentiel
Commencez par détecter les collaborateurs qui ont déjà une présence organique (réseaux sociaux, prise de parole interne). Puis, ceux qui sont reconnus comme experts ou mobilisent l’attention de leur écosystème et enfin, ceux qui sont en affinité avec la culture et les valeurs de l’entreprise : le critère d’alignement est crucial.
- Ne pas convaincre, donner envie
On ne force pas un salarié à effectuer une tâche supplémentaire non inscrite dans sa description de poste. Alors comment s’y prendre ? Il ne s’agit pas de lui mettre le couteau sous la gorge non non mais plutôt de lui donner envie. Et oui, il s’agit d’une stratégie win-win “je t’invite à prendre la parole sur LinkedIn, à faire valoir la marque de l’entreprise en ton nom, et tu pourras alors aussi briller parce que cela veut dire que 1. je te fais confiance, 2. je mise sur toi et te donne le temps de le faire sur ton temps de travail”. Certains y verront une vraie opportunité, d’autres ne voudront pas s’y coller. Ne forcez pas.
Exemple chiffré : dans une organisation qui a analysé 1 903 ambassadeurs en 2023, seulement 21 % de l’effectif participait activement à un programme d’advocacy, mais chaque contributeur générait en moyenne 5,83 posts/an. (Source DSMN8)
- Former et outiller… encadrer mais libérer
Je forme les équipes au sein des organisations parce qu’il est essentiel de les accompagner et de leur donner les moyens. Cela implique de clarifier des lignes directrices de prise de parole (charte, guidelines éditoriales : de quoi parle-t-on ?). Ensuite, de bien comprendre et intégrer l’utilisation narrative et stratégique des réseaux sociaux, storytelling personnel, posture de pensée : dans une étude 32 % des ambassadeurs n’avaient pas reçu de formation formelle (source DSMN8) . Et enfin être capable de créer des contenus « ready to share » (images, citations, liens) pour faciliter l’acte de partage : 75 % des organisations fournissent ce type d’éléments, selon le même rapport.
- Intégrer dans une stratégie alignée avec les objectifs
L’employee advocacy ne se pilote pas au petit bonheur, la chance. Il faut :
Définir des objectifs clairs (ex : visibilité marque, génération de leads, recrutement). Demandez-vous pour quoi vous voulez engager vos équipes dans ce type de programmes ? À quoi cela vous expose, vous sert, et les conséquences escomptées ? Par la, vous pouvez désigner des KPI (engagement moyen, part de voix, taux de participation, nouveaux contacts, taux de clic). Par exemple, 23 % des entreprises déclaraient un coût par clic < 1 $ via les partages employés (source DSMN8) . Enfin, vous pouvez intégrer dans les processus RH, communication, marketing afin que l’initiative soit systémique et non isolée.
- Rester VRAI
Une fois cette pratique lancée, attention au formatage, au washing, personne n’est dupe. L’authenticité reste la pierre angulaire de toute voix souhaitant impacter. L’employee advocacy n‘est pas un concours de popularité ni même le marchepied pour les caudataires du boss ou autres fayots voulant se faire bien voir, mais bien une pratique gagnante visant à faire rayonner tous les partis d’une organisation . Aujourd’hui la voix des salariés compte triple : pour la marque, leur créateur et ceux qui la voient.
- Reconnaître, mesurer, ajuster…
Le challenge est tel que l’initiative ne soit pas un feu de paille vide d’enthousiasme durable. Pour cela, il faut diriger le bateau avec rigueur. Cela passe par reconnaître les « meilleurs ambassadeurs » (visibilité interne, incentives, retours) : les chouchous qui montent et engagent. Ces fameux “top of mind” et “top of heart” comme je les décris dans mon livre, qu’ils existent en interne ou en externe. Puis, faites des check-points réguliers, ce qui est mesurable est amplifiable, c’est la base. On sait que 73% des gestionnaires des réseaux sociaux déclarent que l’employee advocacy a doublé l’engagement de marque. (source gaggleamp.com)
Puis en bonne stratège, je conseille toujours d’être souple ! Votre marque a une ligne éditoriale certes, mais les sujets eux peuvent s’ajuster à partir des retours : quels sujets fonctionnent ? Quels collaborateurs génèrent le plus d’interactions ? Puis
Conclusion
En tant que créatrice de marques, vous savez que la marque se fait dans l’incarnation.
La voix des employés ne remplace pas celle du dirigeant : elle la renforce, la prolonge, la multiplie. Les nouveaux influenceurs de l’entreprise sont ceux qui, au lieu d’entendre : « je travaille pour cette marque », peuvent dire : « je suis cette marque ». Le rôle de l’organisation ? Les écouter, les valoriser, les outiller, et surtout, les inscrire dans une stratégie de captation et de diffusion.
En 2025, l’ultime avantage compétitif n’est peut-être plus seulement une grande marque ou un beau logo : c’est un collectif de voix internes mobilisées, crédibles, visibles.
Lucie Lebaz
Experte en branding et personal branding
Conférencière et Autrice de “J’ai peur, mais j’y vais” (Dunod 2025)