Marion Carré (Ask Mona) : « Dans la création artistique, l’IA n’est ni une fin ni une norme, c’est une boîte à outils supplémentaire »

À la croisée de la culture et de la technologie, Marion Carré, lauréate du palmarès Les 200 leaders de demain réalisé par l’Institut Choiseul et Le Figaro défend une vision humaniste et éclairée de l’intelligence artificielle, façonnée par près de dix ans d’engagement sur le terrain. Fondatrice d’Ask Mona en 2016, elle accompagne de grandes institutions culturelles en France et à l’international — du Château de Versailles à La Poste — dans l’exploration de nouvelles formes de médiation augmentées par l’IA. Nourrie par des collaborations étroites avec des artistes, des musées et des acteurs publics comme privés, son expérience confère à sa parole un poids singulier : pour elle, dans la création artistique comme dans la relation aux publics, l’intelligence artificielle n’est ni une finalité ni une norme, mais une boîte à outils supplémentaire, au service de la curiosité, du sens, de la médiation culturelle et de l’esprit critique, à condition de rester guidée par l’intention et la maîtrise humaine.

Ask Mona se situe à la croisée de la culture et de la technologie. Quelle vision vous a guidée dans la création de cette plateforme, et comment a t elle évolué depuis ses débuts ? 

Depuis le début, en 2016, la vision d’Ask Mona est restée la même. Mettre l’intelligence artificielle au service de la curiosité. La culture s’est imposée naturellement comme premier terrain d’exploration, car elle est par essence un espace de questionnement, de transmission et de découverte.

Nous avons ainsi travaillé avec de nombreuses institutions culturelles en France et à l’international pour déployer des dispositifs d’IA qui accompagnent les publics dans leur découverte des œuvres, des lieux et des savoirs. Plus récemment, nous avons par exemple collaboré avec le Château de Versailles et OpenAI pour faire dialoguer les visiteurs avec les statues des jardins.

Progressivement, d’autres acteurs nous ont sollicités pour faire parler des objets qui n’étaient plus uniquement culturels. Nous avons ainsi accompagné La Poste pour le lancement de son premier timbre augmenté par l’IA. En parallèle, avec notre programme Ask Mona Academy, nous formons aujourd’hui de nombreux professionnels à l’adoption raisonnée et éclairée de l’intelligence artificielle dans tous secteurs.

Comment l’intelligence artificielle peut elle devenir un levier de démocratisation culturelle sans dénaturer l’expérience artistique ?

Dans les musées et les lieux culturels, l’intelligence artificielle peut être un puissant levier de démocratisation en facilitant la rencontre entre les publics et les œuvres. Les dispositifs de médiation proposent souvent une expérience uniforme, avec les mêmes informations pour tous, et n’encouragent pas toujours le questionnement.

L’IA permet au contraire de proposer des niveaux de lecture personnalisés, de répondre aux questions que l’on n’ose pas poser, et d’adapter le discours aux attentes, à l’âge ou au niveau de connaissance de chacun.

Dans la création artistique plus largement, l’IA n’est ni une fin ni une norme. Elle devient une boîte à outils supplémentaire que certains artistes choisissent d’explorer. Ce qui prime reste la qualité de la démarche artistique et l’intention. Qu’elle mobilise ou non de l’intelligence artificielle, une œuvre conserve sa valeur dès lors que l’artiste en reste maître.

Selon vous, quelles transformations majeures attendent les organisations culturelles dans leur relation aux publics à l’ère du numérique ?

Les organisations culturelles font face à un enjeu majeur de résilience. Elles doivent continuer à parler aux publics et à les attirer dans un contexte de forte concurrence des formats de divertissement et de pression accrue sur le temps libre.

Or les institutions culturelles jouent un rôle essentiel dans notre société. Elles sont des espaces de recul, de compréhension du monde, et de construction de l’esprit critique, particulièrement à l’ère de la désinformation.

Elles ont également un rôle clé à jouer dans la manière dont l’intelligence artificielle est comprise et adoptée. Par essence, les institutions culturelles sont des lieux d’apprentissage tout au long de la vie. À ce titre, en donnant à voir les travaux d’artistes qui interrogent l’impact de l’IA, mais aussi en proposant des formats de médiation et de sensibilisation accessibles, elles peuvent aider chacun à se forger un regard critique et à adopter ces technologies de façon éclairée.

Retrouvez le palmarès intégral des 200 leaders de demain réalisé par l’Institut Choiseul et Le Figaro : Institutions, économie, médias, culture… Le palmarès des 200 jeunes qui feront la France de demain