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La Chine lance le plus grand marché carbone au monde

La mi-juillet 2021 marque un tournant écologique dans l’économie carbonée chinoise. Xi Jinping a ouvert le plus grand marché carbone national, celui-ci s’inscrit dans le projet de neutralité carbone pour la Chine en 2060.

Synthèse d’une expérimentation de marchés régionaux débutée en 2013, le marché unique du carbone chinois s’est ouvert à Shanghai deux jours seulement après les annonces de l’Union européenne concernant ses nouvelles mesures pour la protection de l’environnement. C’est un grand engagement de la Chine qui avait longtemps rejeté la notion de réchauffement climatique et qui continue à être la première émettrice de gaz à effet de serre (GES). Pour ce faire, la deuxième économie mondiale s’est inspirée du marché européen qui a renforcé son système d’échange de droit à polluer et ajouter une taxe carbone aux frontières. Ce marché d’une ampleur jamais vu auparavant devrait couvrir 4,5 milliards de tonnes de CO2, soit 40 % des émissions chinoises.

La production d’énergie dans le viseur

C’est un décollage en douceur qui sera amorcé dans un premier temps. Alors même que la reprise est en cours, les autorités chinoises sont conscientes qu’il ne faut pas étouffer les producteurs d’énergies. Notons que 57 % de l’électricité chinoise est produite par des centrales à charbon. Ainsi, 2 162 installations énergétiques seront dans un premier temps concernées. Toutefois, le facteur d’intensité carbone de production sera de 0,877 tonne de CO2 pour un MWh, ce qui n’est pas si contraignant. D’autant plus qu’il n’y aura pas de plafonnement au début.

Cela est compréhensible, car le secteur de l’énergie était déjà en proie aux augmentations de la tarification du charbon. Suite à la mise en route du marché, les entreprises vont recevoir leur quota carbone. Dans un second temps, elles devront acheter aux enchères des quotas supplémentaires afin d’être dans les règles. Conciliant, l’État permettra jusqu’au 31 décembre 2021 de n’acheter que 20 % des quotas nécessaires à une régularisation. Passé cette date, les énergéticiens devront remettre leurs quotas carbone pour continuer à produire. Les analystes s’attendent à voir un prix faible pendant les premières années, c’est-à-dire autour de 5,20 euros la tonne de CO2 en 2021, le marché sera alors légèrement excédentaire. Par la suite, les prix augmenteront avec une estimation de la tonne à 20,50 euros en 2030. Le carbone chinois sera pour le moment beaucoup plus bas que le carbone européen qui a atteint 58 euros à cause d’un durcissement du marché.

Un élargissement du marché carbone

Ce départ sans précipitation doit permettre de stabiliser un marché nouveau et le rendre opérationnel. Les premiers pas, en fixant des quotas uniquement sur les énergies, vont permettre d’une part de créer une base de données, mais aussi un système de surveillance fiable. D’autre part cette volonté de transition écologique va s’inscrire dans la culture et normaliser la tarification du carbone pour d’autres secteurs.

En 2022, les prochaines entreprises sur la liste des quotas carbone sont le ciment et l’aluminium. D’autres secteurs avec une forte empreinte carbone comme l’acier devraient aussi les rejoindre en 2025. Cet élargissement continuera jusqu’à englober à peu près tous les secteurs industriels et des services. Cette inclusion permettra à l’avenir d’avoir de meilleures bases de négociations entre l’Union européenne et la Chine qui sont de grands partenaires commerciaux. Yan Qin, spécialiste du carbone chez Refinitiv, s’attend toutefois à ce qu’“aucune entreprise chinoise n’accepte de payer 45 euros la tonne de CO2, c’est certain”.