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Entretien avec les frères Galic, fondateurs d’Unseenlabs, la nouvelle solution de surveillance maritime par satellite

Lancé en 2015 à Rennes, Unseenlabs a fêté ses 6 ans le 6 juillet. Les fondateurs de cette entreprise nous ont accordé un entretien pour présenter leur potentiel d’innovation, leurs enjeux de développement et leur expérience entrepreneuriale dans ce secteur spécifique.

L’entreprise est née de la “conviction que le domaine spatial, historiquement réservé à de grands organismes étatiques, était désormais accessible aux entreprises privées, et qu’il fallait saisir cette opportunité”. A l’origine de cette entreprise, trois frères, Clément, Jonathan et Benjamin Galic, “fascinés par l’espace depuis l’enfance”. “L’histoire de la conquête spatiale a donc nourri et inspiré notre imaginaire depuis toujours” confient-ils. Après avoir étudié à l’Ecole nationale de l’aviation civile, Clément a exercé pour le CNES, Centre national d’études spatiales tandis que Jonathan, diplômé de Centrale Supélec, a travaillé une dizaine d’années chez Airbus. Benjamin, quant à lui, est avocat et dirige un cabinet de droit des affaires à Rennes.

Ce modèle familial, réunissant des profils complémentaires autour d’une vision commune, est une force pour entreprendre. Grâce à leurs expériences cumulées du secteur spatial, ils ont développé l’idée d’une charge utile de satellite innovante pour produire un nouveau type de données, avec un fort potentiel de marché. Ainsi, un nouveau système de surveillance maritime par satellite a émergé. “La charge utile de nos nanosatellites est entièrement conçue et développée en interne : nous avons acquis une certaine avance technologique qu’il s’agit avant tout de protéger. Pour ce qui est de la plate-forme satellite (la « coque »), nous travaillons pour l’instant avec l’entreprise danoise GOMspace” expliquent-ils.

Une entreprise en phase d’hyper croissance

L’entreprise est depuis entrée dans une phase d’hyper croissance, avec un marché potentiel énorme et une forte dimension internationale. Leur récente levée de fonds de 20 millions d’euros va sans aucun doute accélérer leur développement : “Nous allons recruter avec l’idée de doubler nos effectifs tous les ans, et renforcer progressivement notre constellation de satellites : nous prévoyons de passer de 3 satellites en orbite actuellement à environ 25 d’ici 2025, ce qui nous permettra de couvrir beaucoup plus de zones simultanément, mais aussi de réduire considérablement l’intervalle de temps entre deux passages sur une même zone” précisent-ils.

Les satellites d’Unseenlabs ont une durée de vie comprise entre 5 et 10 ans. Pour autant, comme nous l’expliquent les entrepreneurs, pas question de produire des déchets dans l’espace. “Le problème grandissant de l’accumulation des déchets en orbite fait évidemment partie de nos préoccupations mais nous nous conformons à la loi française relative aux opérations spatiales qui est l’une des plus avancées en la matière. Concrètement l’orbite basse et la petite taille de nos satellites ainsi que les matériaux utilisés garantissent à terme une rentrée atmosphérique qui les consumera entièrement sans produire de déchets”.

Innover en France

Si le secteur spatial européen contribue positivement à l’équilibre économique et à la balance commerciale européennes et que le plan France Relance est renforcé d’un volet spatial, les financements qui y sont dédiés vont en priorité aux gros acteurs du secteur. Or, ce sont bien les PME qui produisent de l’innovation, de la croissance et des emplois, particulièrement dans la deeptech. Suivant l’expérience des frères Galic, “les premières phases de création d’une entreprise technologique sont très bien accompagnées en France, c’est la phase intermédiaire entre TPE et PME qui est délicate”. Les entrepreneurs déplorent un manque de vision stratégique à l’échelle nationale, qui privilégie trop la subvention au lieu d’attribuer des contrats.

Certains réflexes français agissent aussi au détriment des projets ambitieux à vocation stratégique, puisque ces derniers sont souvent chapeautés par de grands groupes, ce qui peut constituer un frein à l’innovation et à l’agilité, plus naturelle chez les PME technologiques. Comme en témoignent les frères Galic : “En France un grand risque est de se faire absorber très tôt par les grands groupes historiques, il est donc primordial de parvenir à se développer de manière autonome, de travailler discrètement en se protégeant de l’écosystème industriel jusqu’à la sortie d’un service ou produit opérationnel”. Une ligne directrice qui a en tout cas réussi pour Unseenlabs, qui a fait son nom dans le secteur et auprès des décideurs français.