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La Bourse d’Amsterdam est la principale gagnante des conséquences financières du Brexit

La nuit du premier janvier a porté conseil à la bourse d’Amsterdam. Gong du Brexit, les réfugiés de la place financière de Londres sont nombreux, ce qui ne déplaît pas aux chiffres de la place financière batave. En quelques mois, Amsterdam est devenue la première place européenne d’échanges d’actifs.

L’autorité européenne des marchés financiers (Esma) avait prévenu le monde de la finance pendant les phases de négociations du Brexit. Elle impose que les opérations de trading sur les actions européennes soient réalisées au sein de l’Union. La plus vieille place européenne fondée en 1601 est donc devenue ce refuge inespéré des échanges européens. Toutefois, la bourse d’Amsterdam s’attendait à un tel mouvement. Pour preuve, elle s’était dotée de Turquoise, filiale du London Stock Exchange et de Chicago Board Options Exchange (CBOE). Il faut y ajouter le déplacement du marché de la dette souveraine, mais aussi des fonds de pension, Swaps et Spac qui apportent une plus-value à la place boursière.

Les atouts de la bourse d’Amsterdam

Les six premières semaines de 2021 battent tous les records d’échanges de ces cinq dernières années. Les 9,2 milliards d’euros d’échanges quotidiens ont propulsé la bourse d’Amsterdam de la quatrième place européenne à la première. Cette récompense n’apparaît pas ex-nihilo. La place financière avait des atouts de taille, notamment la réputation pro-business centenaire des Néerlandais. Celle-ci se traduit par une législation et une fiscalité favorable aux entreprises. L’anglais était une condition sine qua non pour un départ de la City. Les Pays-Bas sont un pays anglophone qui a l’habitude de traiter avec des sociétés internationales. Les dossiers étant souvent réalisés directement en anglais, les entreprises semblent y trouver leur compte. Dans le monde de la finance, l’impulsion du mouvement de foule est souvent clé. Dans ce domaine, ICE a montré la direction en déplaçant sa place d’échanges des droits à polluer de Londres aux Pays-Bas. Ces échanges constituent un mouvement de 1 milliard d’euros par jour. Ajoutons à cela l’annonce de Vivendi, le numéro 1 de la musique, via Universal Music Group qui souhaite faire son introduction en bourse courant septembre 2021 avec des prévisions à 25 milliards d’euros.

Un démarrage sur les chapeaux de roue en demi-teinte

Malgré la chute du volume d’échange de Londres, quasiment divisé par deux, la City n’a pas dit son dernier mot. Bien qu’elle soit effectivement passée à 8,2 milliards d’euros d’échanges journaliers en janvier, la place londonienne remonte la pente avec 8,7 milliards d’euros. Stéphane Boujna, président du directoire d’Euronext parle d’un “effet mécanique du déménagement des plateformes de trading depuis Londres”, ce qui induit un effet de vase communiquant conjoncturel. Plus critique encore, William Wright, fondateur du think tank britannique New Financial, explique que la City a une domination cinq fois supérieure à Amsterdam. Pour lui, elle n’est que la cinquième place européenne derrière Londres, Luxembourg, Francfort et Paris. Les bourses de Francfort et Paris sont, selon lui, mieux positionnées dans le secteur des compensations qui doit devenir en partie plus européen à l’horizon mi 2022, alors même que la bourse d’Amsterdam compte dessus pour solidifier ses positions. Notons que le montant d’actifs devrait se déplacer vers Francfort à moyen terme. Tandis que Dublin devrait gagner sur le secteur des entreprises et Paris dans le secteur des employés. Amsterdam est aussi en manque de banquiers qui préfèrent les autres places européennes permettant les bonus de 100 % alors qu’elle a une réglementation qui lui impose au maximum d’offrir des bonus de 20 % du salaire fixe. Les fonds d’investissements ne sont pas non plus très emballés par Amsterdam et préfèrent rester à la City.