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Les pays les plus pauvres handicapés dans leur reprise par les prix alimentaires, d’après la Banque Mondiale

Alors que le nombre de victimes de pénuries de nourriture dans le monde est passé de 135 millions en 2019 à près de 165 millions en 2020, selon la Banque mondiale, la situation pourrait s’aggraver. Elle affirme en effet dans une dernière étude craindre une “grande divergence” de la croissance des pays du monde entre les pays pauvres, les pays émergents et les pays développés en raison d’un affaiblissement plus important des économies des pays pauvres.

Comme l’indique David Malpass, Président de la Banque Mondiale : «Malgré des signes encourageants de reprise à l’échelle mondiale, la pandémie a aggravé la pauvreté et les inégalités dans les pays en développement, laissant penser que les économies avancées vivent leurs meilleurs jours, les pays à faible revenu les pires”. En effet, “seulement un tiers environ des pays émergents et en développement auront réussi à revenir au niveau d’avant-crise” d’ici l’année prochaine selon l’organisation, basée à Washington.

Une croissance mondiale record depuis 80 ans, annoncée par la Banque mondiale qui avoisinerait les 5,6% (soit 1,5 point de plus qu’en janvier) est en effet prévue cette année. Mais cette croissance est surtout tirée vers le haut par les pays développés tels que les Etats-Unis qui afficheraient une croissance de 6,8% grâce aux mesures des plans de relance de Biden. Des taux qui contrastent avec ceux des pays les plus pauvres pour qui il est prévu en 2021 la croissance la plus faible depuis vingt ans. Ainsi, si l’on soustrait la Chine des calculs de croissance de ces pays, la croissance de ces pays retombe à 4,4% et si l’on retire encore une fois les pays émergents, la croissance de ces pays baisse encore pour atteindre un taux inférieur à 2%.

Une forte dépendance économique et monétaire

La forte dépendance au commerce international est notamment un problème pour ces états. Les pays les plus fragiles, pour la plupart situés en Afrique subsaharienne, sont plus fortement impactés par la hausse des produits agricoles en raison d’une faible diversification de leur production. Et pour cause, depuis un an, les prix se sont envolés de 37%, le taux le plus élevé depuis 2011.  Cette forte dépendance au commerce international entraîne un effet d’emballement inflationniste néfaste pour cette région du monde comme cela a été le cas avec les craintes de blocage d’exportations de la part des grands exportateurs de céréales. En outre, ces pays agricoles ont été impactés durant la crise par de fortes intempéries qui ont menacé les récoltes et participé également à l’augmentation des prix sur le marché.

 Ainsi, alors que ces pays ont connu durant la crise une forte poussée inflationniste, les pays riches au printemps 2020 ont vu leur taux d’inflation tomber en raison de la récession et de la baisse de la demande qui ont anéanti l’inflation alors même que celui des pays à bas revenus a augmenté de 5,6 % en avril 2020.

Une grande fragilité sur le marché monétaire mondial les dessert également, la dépréciation des devises qui s’est produite durant cette crise a davantage impacté ces pays en raison de la répartition des postes de dépenses. Représentant encore 50% du “panier de la ménagère” dans ces pays, la dépréciation de la devise impacte davantage le pouvoir d’achat de ces ménages que celui des ménages des pays développés où seuls 20% des revenus sont alloués à la nourriture. Cette forte dépendance pourrait ainsi aggraver la situation, notamment en cas de poussée inflationniste aux Etats-Unis qui pousserait la Réserve fédérale américaine a augmenter ses taux, ce qui serait catastrophique pour ces pays et notamment les pays émergents.

La crise du Covid-19, nouveau facteur aggravant

Surtout, on assiste à une reprise inégale corrélée à un accès et à une mise en œuvre de la campagne de vaccination lente et inégale dans les pays pauvres et émergents. Sans vaccination homogène, l’économie mondiale toute entière pourrait s’en voir impactée. La difficulté étant l’incertitude prévisionnelle due à une progression dans la vaccination inégale qui complique l’établissement de plans économiques solides et efficaces pour certains pays. Alors même que ces pays à faibles revenus avaient réalisé de relatifs progrès en matière de pauvreté et de réduction de l’insécurité alimentaire grâce aux efforts de la banque mondiale, l’intégration de ce nouveau facteur d’inégalité entraîne un effet d’ “annulation des gains antérieurs à la pandémie” selon les économistes de la Banque mondiale