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« La crise aura montré que la TV linéaire est toujours incontournable » – Gilles Pelisson, Président-directeur général de TF1

Concurrencée par de nouveaux medium et de nouvelles plateformes de contenu, beaucoup prédisaient la chute de la télévision. Les confinements successifs et les derniers chiffres de médiamétrie semblent balayer ce mauvais présage. Pour autant, beaucoup de questions se posent quant à l’avenir du petit écran. Fake news, infotainement, renouvellement des programmes, nous nous sommes entretenus avec Gilles Pelisson, Président-directeur général de TF1, sur cette nouvelle « bataille de l’attention » et du rôle d’un groupe médiatique comme TF1 sur notre société.

  • Comment vous situez-vous par rapport aux grandes plateformes internationales de contenu culturel, qui annoncent volontiers la fin prochaine de la TV ?

En 2020, les Français ont regardé la TV en moyenne 3h54 par jour dont 3h39 en linéaire (direct), en hausse de 24 minutes par rapport à 2019. La consommation TV quotidienne des 15-34 ans a augmenté de 15 minutes à 1h54*. Le confinement a allongé les usages, avec une certaine rémanence post-confinement, et a ramené les populations les plus jeunes devant la TV. Nos contenus premium, locaux, ont répondu aux attentes d’un public national que l’on connait bien. Ainsi, en 2020, près de 50 millions de téléspectateurs ont regardé les chaînes du groupe TF1 chaque semaine et le Groupe a atteint son record depuis 6 ans sur les 25-49 avec 29,9 % de parts d’audience. La crise aura montré que la TV linéaire est toujours incontournable. Pour autant, les plateformes internationales ont bouleversé le marché et les usages en proposant une consommation fragmentée, sans contraintes horaires, avec une liberté et une fluidité multi-device. Face à cela, le groupe TF1 s’est adapté et a renforcé son ambition d’être dans le « Total vidéo ». Autrement dit, avoir une présence très forte sur le linéaire mais également le non linéaire, avec deux credo : « content is king » (un contenu fort, spécifique, d’excellente qualité) combinée avec l’approche « media is tech and data » (un média moderne, enrichi de la technologie et de la data, qui permet d’allier puissance de la TV et ciblage digital). Néanmoins, des déséquilibres de marché demeurent et dans cette compétition internationale, nous ne jouons pas à armes égales avec les plateformes. Je salue néanmoins les avancées récentes majeures : assouplissements publicitaires sur les secteurs « interdits » (notamment pour les bandes annonces du cinéma), autorisation de la TV segmentée, intégration des plateformes au financement de la création. Mais il faut aller encore plus loin.

 * Source : Médiamétrie – Médiamat – 2020

  • Quel a été selon vous le rôle de la TV lors de la crise de la COVID ? Comment le Groupe TF1 s’est-il adapté, à la fois dans son offre et dans son organisation ? Quelles sont les perspectives pour 2021 ?

La raison d’être du Groupe TF1 c’est « d’inspirer positivement la société ». Cette mission que nous nous sommes donnée, de rassembler les Français, aura eu cette année une résonance particulière dans les actions que nous avons menées. La crise a été à l’origine d’un besoin accru d‘information et de divertissement. C’est pourquoi nous avons allongé nos plages d’information à quasiment 55 minutes, l’équivalent d’un troisième JT par jour (normalement 35 minutes). L’arrêt des campagnes par nos grands annonceurs et l’effondrement des revenus publicitaires, nous a obligé à faire preuve d’une grande capacité d’innovation et d’adaptation sur nos coûts. Nous avons dû compenser, par une offre de contenus appropriés, jusqu’à 120 minutes quotidiennes devenues disponibles suite à la disparition d’écrans publicitaires. D’un point de vue organisationnel, nous avons cherché avant tout à protéger les collaborateurs avec une bascule de près de 90% d’entre eux en télétravail. Pour les 300 à 400 collaborateurs impliqués sur les rédactions TF1 et LCI (journalistes et équipes techniques), nous avons veillé à ce qu’ils puissent travailler dans les meilleures conditions de sécurité sanitaire possibles. Concernant les perspectives 2021, nous allons poursuivre notre déploiement dans le « Total Video » avec de nouveaux moyens : la TV adressée, qui permettra d’avoir un ciblage encore plus précis via les boxs des opérateurs FAI. Nous avons à ce titre signé nos premiers accords avec Orange et Bouygues Telecom. Naturellement aussi, avec le développement de Salto, lancé à l’automne 2020, qui va monter en puissance et prendre sa place de plateforme alternative aux plateformes internationales en offrant le meilleur des contenus locaux de ses trois sociétés mères (Groupe TF1, France Télévisions, Groupe M6).

  • Quelles sont aujourd’hui vos grandes opportunités de croissance ? Comment diversifier votre modèle de financement ?

Nos opportunités de croissance sont multiples. Côté broadcast, nous souhaitons participer à la création de nouveaux formats de divertissement, tels que District Z ou la Chanson Secrète en 2020, avec un potentiel fort à l’international. La production de fictions aussi qui, à l’image de ce que l’on a fait avec La Promesse – qui a réuni 7,1 millions de téléspectateurs – peuvent être exportées à l’étranger (Gloria, Un homme d’honneur). Notre pôle de production Newen va poursuivre son expansion au niveau national et en Europe, continuer à produire pour les plateformes, comme cette année avec les documentaires sur DSK (Netflix) ou sur les 50 ans du PSG (Amazon). Sur notre pôle digital, Unify, nous allons accompagner la forte progression des audiences et soutenir l’expansion du e-commerce. Pour cela, nous pouvons nous appuyer sur nos marques fortes – auféminin, Doctissimo, Marmiton ou Les Numériques – qui fédèrent de larges communautés et qui constituent un apport data très précieux, complémentaire à la TV.

  • Quelle est votre stratégie pour gagner la « bataille de l’attention » ?

L’enjeu de la bataille aujourd’hui c’est effectivement « le marché de l’attention ». Les journées n’ayant que 24 heures, il est important de s’adapter aux usages modernes et aux nouvelles attentes des consommateurs. Par définition, nous allons donc devoir faire des choix par rapport à une abondance de contenus. Nous avons cette volonté forte de maintenir une vraie différenciation en nous appuyant sur le caractère à la fois premium et local de notre offre, en conservant des standards élevés dans le divertissement, la fiction, le cinéma, le sport. Nous devons capitaliser sur ce qui fait notre proposition de valeur : un savoir-faire unique, une capacité à fédérer le public autour d’événements et de rendez-vous ancrés dans leur quotidien. Le Groupe TF1 reste une référence pour les Français et nos audiences l’atteste. Nos JT sont à des niveaux record, nos marques phares de divertissement – tel que Koh Lanta – n’ont jamais eu autant de succès, notre nouveau feuilleton quotidien Ici Tout Commence est devenu un rendez-vous live à ne pas manquer. TF1 tient toujours son rang de leader du paysage audiovisuel. La chaine décroche 74 des 100 meilleures audiences de l’année, numéro 1 dans tous les genres de programmes. La mise à l’antenne récente de notre nouvelle identité visuelle répond aussi à cette volonté de nous distinguer en sublimant l’expérience TV avec plus d’immersion, de fluidité, de transparence. Enfin, l’enjeu réside dans notre capacité à attirer et fidéliser les meilleurs talents grâce à une exposition optimale.

  • Quel doit être le rôle d’un media TV d’information, à l’heure où l’infotainment est souvent décriée et face à la crainte grandissante des effets des fake news sur la vie politique et la société en général ?

Ma certitude c’est que la responsabilité de nos médias est de plus en plus forte et notre mission d’information n’a jamais été aussi essentielle. Face à l’émergence des fake news, le groupe TF1 se positionne en rempart contre la désinformation grâce à des dispositifs de « fact checking », mais surtout grâce à une offre d’information vérifiée, contre-vérifiée et variée. Ainsi, nous proposons de l’information locale incarnée par le JT 13h de TF1, de l’information internationale, des cases de magazines et de reportages sur la société (Grands Reportages ou Sept à Huit avec 21% de parts d’audience 4+). C’est pour cela que les Français se tournent massivement vers nos rendez-vous d’information : plus de 38,5 millions chaque semaine. Et que nos JT réalisent des audiences record : 6,5 millions de téléspectateurs ont suivi le JT 20h de TF1 chaque soir en 2020. Sans oublier LCI qui réalise une année historique avec 1,2% de parts d’audience. Notre chaine d’information est celle du débat, celle qui favorise l’échange d’idées dans le respect, qui veille à enrichir la réflexion des téléspectateurs sans cliver ni créer des polémiques inutiles. En apportant des repères, à travers des rendez-vous récurrents, portés par des visages reconnus, nous tissons des liens de confiance précieux avec nos publics. Marie-Sophie Lacarrau, nouveau visage du JT 13h a réussi à inspirer cette confiance et cette proximité que recherchait le public après Jean-Pierre Pernaut.