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Emmanuel Faber, le PDG de Danone vivement critiqué par certains fonds activistes, va quitter la direction générale du groupe

Depuis la fin de l’année 2020, Emmanuel Faber le président-directeur général (PDG) de Danone fait l’objet de critiques au sein de son entreprise. Sa gouvernance est notamment questionnée par l’un des principaux actionnaires du grand groupe français, Artisans Partners. Après plusieurs semaines de discussions, l’actuel PDG a annoncé, le 2 mars 2021, quitter une partie de ses fonctions. Un compromis pour sauver la gouvernance du groupe en cette période de turbulences, qui pourrait toutefois augurer d’un changement de stratégie pour Danone.

Alors que Danone, la multinationale alimentaire française semblait avoir plutôt relativement bien résisté la crise de la Covid-19, la place de l’actuel président directeur général (PDG), Emmanuel Faber est remise en question par plusieurs actionnaires étrangers majoritaires et minoritaires. Directeur général depuis 2014, Emmanuel Faber s’est rapidement positionné comme une figure influente et charismatique du leadership et du savoir-faire français, comme le souligne notamment son intervention à la cérémonie de remise de diplôme à HEC, en 2016. Il n’hésite par ailleurs pas à secouer certains responsables du monde de l’entreprise en France et à assumer des positions « sociales » ou sur le capitalisme parfois détonnantes. Il s’est enfin positionné comme un novateur en ayant fait adopter par le conseil d’administration le statut d’entreprise à mission pour Danone.

Une gouvernance critiquée

Arrivé chez Danone en tant que directeur financier, l’homme a progressivement gravi les échelons pour s’ériger en 2017 comme le PDG de l’entreprise. Toutefois, sa légitimité semble aujourd’hui être remise en cause par plusieurs actionnaires étrangers, qui jugent le profil d’Emmanuel Faber trop éloigné du secteur d’activité de l’entreprise. Ces attaques ont tout d’abord débuté à la fin de l’année 2020 suite au résultat net obtenu par l’entreprise. Malgré une hausse de 1,4% des bénéfices net, le groupe a accusé une forte baisse de son chiffre d’affaire. Une baisse que le chef d’entreprise assume en regrettant de ne pas avoir misé sur l’échelle locale

Malgré ce mea-culpa, la déception des actionnaires n’a pas faibli. L’arrivée de l’actionnaire Bluebell Capital parmi les administrateurs du grand groupe, relance les hostilités à l’égard d’Emmanuel Faber. Le nouvel actionnaire a notamment appelé à un changement de direction en accusant l’actuel PDG de ne pas avoir su « géré au mieux le bon équilibre entre le retour de valeur pour les actionnaires et le développement durable”.  Une reconsidération mise en exergue quelques semaines plus tard par les accusations d’un second actionnaire américain Artisans Partners, qui souligne le manque de leadership et regrette un manque d’hétérogénéité parmi les acteurs de la direction. Principalement issus du monde de la finance, les administrateurs plaident pour un directeur général plus proche du secteur de l’agroalimentaire. 

Cette quête des actionnaires pour davantage de personnalités du secteur peut vraisemblablement s’expliquer par la manière dont la filière a répondu à la crise de la Covid-19. En effet, malgré un impact plus modéré que pour d’autres secteurs, la pandémie a aussi souligné ses défaillances. Parmi les difficultés, celle de l’efficacité des entreprises à faire face à la disruption et à s’adapter semble la plus évidente. C’est par exemple ce qu’est parvenu à réaliser le  groupe Nestlé qui a su, avec certes un contexte d’entreprise différent de celui Danone, diversifier son offre. Une polyvalence des activités qui a notamment permis à la multinationale suisse de connaître une hausse de son résultat net. Par ailleurs, la fermeture des frontières et la montée d’une conscience environnementale a également souligné la dépendance du secteur aux importations. Un constat qui pourrait pousser l’industrie à valoriser les circuits-courts, les relocalisations, et des politiques industrielles à l’échelle locale.

Emmanuel Faber laisse la Direction générale de Danone

Face à ce bilan, Emmanuel Faber promet en février 2021 , de reverser 850 millions d’euros aux administrateurs. Toutefois, cela ne semble pas avoir suffi pour calmer les actionnaires. Face à la pression, le 2 mars 2021, le chef d’entreprise cède aux demandes des administrateurs en annonçant renoncer à son poste de directeur général. Une scission qui permet malgré tout à Emmanuel Faber de conserver ses fonctions de président du conseil d’administration et de favoriser l’unité tel qu’il le souligne dans un tweet : 

Parmi ces missions, Emmanuel Faber se concentrera entre autres sur le plan de relance, Local First initié en novembre 2020. Ce dernier devrait notamment permettre à Danone d’épargner un milliard d’euros en deux ans (d’ici 2023). Des économies qui se caractériseront, entre autres, par la suppression de milliers d’emplois dans les sièges français et situés à l’étranger. Avec cette division à la tête de l’entreprise, Danone se rajoute à la liste des grands groupes (comme Bouygues) qui ont fait le choix de dissocier les fonctions de président du conseil et de directeur général.