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Le Mexique relance de nouvelles mines de charbon

Alors que la plupart des pays du monde mettent en place des mesures pour faire face au réchauffement climatique, le Mexique se détourne de son engagement dans la transition écologique et semble faire le choix de réinvestir les exploitations de charbon et d’autres énergies fossiles. 

Arrivé au pouvoir en décembre 2018, le président de gauche populiste Andrés Manuel Lopez Obrador, aussi appelé « AMLO », a lancé un vaste plan d’investissement massif dans les exploitations minières. Il fonde notamment le succès de sa politique sur un clivage nationaliste entre les groupes publics, producteurs d’énergies fossiles, et les entreprises privées et étrangères du secteur, proposant l’utilisation d’énergies renouvelables. 

La difficile intégration des entreprises privées au système énergétique 

Depuis 1938, les entreprises privées étaient exclues de la production d’énergies fossiles, mais en ont été intégrées en 2013 pour qu’elles participent à la lutte contre le réchauffement climatique en apportant notamment leur maîtrise des énergies renouvelables. Mais cette stratégie a vite été considérée comme un échec par le gouvernement d’Andrés Manuel Lopez Obrador. Originaire d’un Etat minier, qui a fait de l’exploitation de pétrole le moteur de sa croissance a une époque ou l’entreprise publique Pemex était considérée comme le fleuron de l’industrie énergétique dans le pays, le dirigeant mexicain assimile dans son discours, les acteurs privés à des investisseurs étrangers qui n’apportent rien à l’économie du pays, mais qui sont présents au nom d’énergies renouvelables qui en réalité ne fonctionnent pas. 

Pour faire valoir le choix de revenir quasi exclusivement vers les entreprises publiques nationalisées et donc vers les énergies fossiles, Andrés Manuel Lopez Obrador a souhaité montrer que les énergies renouvelables ne constituent pas une ressource fiable. En décembre dernier, une panne d’électricité a plongé dans le noir plus de 10 millions de Mexicains. La cause en a été attribuée par la Commission Fédérale d’Electricité (CFE) à une surtension du réseau, qui ne serait pas advenue, selon elle, avec un apport en électricité indépendant des énergies renouvelables. Le gouvernement mexicain investit aujourd’hui 80% de son budget dans les énergies fossiles et le plan d’investissement de la CFE ne laisse d’ailleurs aucune place aux énergies propres dans le futur. 

Une opposition entre nécessité sociale et engagement écologique

Le choix de la transition énergétique présente un coût qui n’est pas négligeable pour les populations dont l’exploitation d’énergies fossiles est une des principales sources de revenu. C’est le cas des populations minières au Mexique. En 2019, lorsque la CFE a arrêté tout investissement dans le système minier, 10 000 mineurs se sont retrouvés sans emploi, une situation difficilement soutenable lorsqu’il n’existe aucune aides sur lesquelles s’appuyer. 

A contrario, la relance proposée par AMLO, donnant la priorité à l’exploitation minière, a offert des perspectives de croissance aux exploitants, qui prévoient une augmentation exponentielle du nombre de tonnes extraites par semaine, au détriment des conséquences écologiques. “J’espère qu’on pourra toujours vendre du charbon, car on en tire plus d’argent”, avoue ainsi un mineur. Entre les besoins économiques à court terme et la nécessité d’un changement écologique durable, l’équilibre semble compliqué à trouver. 

Ce choix intervient au moment où les Etats-Unis, sous l’impulsion de Joe Biden, mettent eux tout en œuvre pour détacher leur économie de l’exploitation du gaz de schiste et du charbon et réintègrent les accords de Paris sur le climat. Ce sont donc des décisions à front renversé qui sont prises par les deux plus grands pays d’Amérique du Nord, réduisant leur capacité à travailler ensemble à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. 

Jusqu’ici, le Mexique n’avait rien à envier aux autres membres du G20 en termes de transition écologique et développait des politiques dans le sens des accords de Paris. Pour Adrian Fernandez Bremauntz, directeur de l’ONG Initiative Climatique du Mexique : « Dans aucun autre pays du G20, on constate la mise en place de politiques aussi anormales et rétrogrades que dans ce gouvernement”. Pour un pays dont la capitale Mexico reste l’une des plus polluées au monde, cette décision ne manquera pas de faire parler dans les prochains mois.