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« L’éducation de la jeunesse africaine est un défi majeur pour le continent » – Kamil Senhaji

Galileo Global Education, le leader de l’enseignement supérieur en Europe, est implanté en Afrique depuis 2017 et le rachat du Groupe ISM Sénégal. Membre du comité exécutif de Galileo Global Education et Président du Groupe ISM depuis 2018, Kamil Senhaji a pour mission de diriger et développer les écoles dans les pays émergents. Il livre en exclusivité pour Choiseul Magazine les objectifs de développement du Groupe ainsi que sa vision de l’offre éducative en Afrique.

  • La crise sanitaire a affecté de nombreux pays africains. Comment vous êtes-vous adapté pour faire face aux conséquences organisationnelles de cette crise ?

La crise sanitaire n’a pas impacté l’Afrique comme l’avait prévu certains experts au début de la crise qui imaginaient un scénario catastrophe. L’âge médian (20 ans en Afrique contre 43 ans en Europe), le climat chaud, une certaine immunité croisée ou l’habitude des autorités et de l’écosystème de santé à gérer des pandémies sur le continent sont tous des facteurs qui pourraient éventuellement expliquer le faible impact sur la majeure partie d’Afrique subsaharienne. 

De ce fait, les pays africains ont été plus impactés par l’effet économique de la crise que par celui sanitaire. 

Le ralentissement de l’économie mondiale combiné au confinement en début de crise par prudence ont fragilisé des économies où le secteur informel est important. 

Concernant notre filiale ISM Sénégal (Ecole leader en Afrique subsaharienne francophone avec plus de 10.000 étudiants), nous avons su rester calme et n’avons pas pris de décisions précipitées telles que réduction du nombre d’employés, arrêt d’investissements programmés… 

Nous avons aussi accéléré le déploiement de nos outils de formations en ligne avec la mise en place en quelques jours de notre solution Blackboard et avons été agréablement surpris du taux d’adhésion. En effet, la disponibilité d’internet, le coût de la data ou encore la possession d’un ordinateur ou d’un smart phone que nous considérions des freins majeurs ne se sont pas révélés des points bloquants tel que nous l’imaginions. Les taux de connexion étaient autour de 90% et les taux de satisfaction dépassaient 80%. 

Pour réussir ce challenge de 100% de continuité pédagogique, il a fallu en quelques jours former les enseignants, leur présenter l’outil, mettre à disposition des ordinateurs portables et de matériel adéquat pour nos employés et enseignants. 

  • L’enseignement à distance est-il devenu pour vous un axe stratégique ? Quelles en sont les conditions de réussite ? À quelle échelle et pour quels types d’enseignement ce format est-il à privilégier ?

Le Groupe Galileo Global éducation, leader de l’enseignement supérieur en Europe et numéro 2 mondial compte plus de 120.000 étudiants chaque année dans ces quelques 85 campus à travers le monde avec plus de 40.000 étudiants poursuivant des cours en ligne ou en mode hybride entre présentiel et en ligne. 

En France, le Groupe STUDI (un des leaders de la formation diplômante) a intégré Galileo Global Education emmenant ainsi une forte expertise de la formation en ligne de qualité. Cela passe par la qualité de la plateforme digitale, la qualité des contenus, les échanges virtuels entre apprenants, le suivi individuel avec des professeurs en cas de difficultés etc. Il s’agit de créer une expérience de campus virtuel. 

Le succès de ce mode de formation s’explique essentiellement par la flexibilité qu’il confère. Avec une forte progression des cours en ligne au sein du Groupe, un contrat a été signé dès 2019 avec l’un des leaders du domaine le Groupe Blackboard. 

Cela nous a permis, dès l’annonce par les autorités de mesures de confinement et par conséquent la fermeture des campus, déployer cet outil et d’être très rapidement opérationnel et d’assurer ainsi à nos étudiants la possibilité de finir l’année académique sereinement.  Il est certain que pour certaines formations le format de cours en ligne n’est pas adapté mais grâce à cette crise nous avons pu réfléchir à des possibilités d’adaptation quand il s’agissait de formations manuelles ou de travaux pratiques. 

Nous avons également pu investir dans des caméras et des outils permettant des sessions en direct qui pourront dans les prochaines semaines permettre à des étudiants dans l’impossibilité de voyager à cause des mesures restrictives imposées par les gouvernements (L’ISM accueille chaque année 30% d’étudiants étrangers venants de toute l’Afrique), de suivre un cours en direct. 

Cette crise a également été source d’opportunités avec l’accélération de notre projet « ISM Online » (Programmes diplômants : Bachelors, Masters) et Institut des savoir-faire (ISF) pour ce qui concerne la formation professionnelle. C’est ainsi qu’à partir de janvier 2021 plusieurs de nos formations diplômantes ISM seront disponibles en ligne. 

  • Galileo Global Education a commencé de s’implanter en Afrique en 2017, avec le rachat de l’ISM Dakar. Quels sont vos objectifs de développement sur le continent ? A cet égard, vous sentez-vous conforté par la présence d’acteurs long terme à votre actionnariat ?

Le rachat partiel du Groupe ISM tout en restant partenaire du fondateur Amadou Diaw est une aventure qui nous encourage à nous développer plus en Afrique. 

En effet, nous avons pu mieux positionner l’école, renforcer l’aspect international en ouvrant une antenne de l’école française Digital Campus ou encore de l’IESA art et culture, de nouer des partenariats stratégiques en devenant le partenaire exclusif au Sénégal de la Liga Business School pour développer des formations en marketing sportif et de créer un incubateur. 

Ainsi nous voulons renouveler cette aventure réussie et avons comme objectif d’avoir à minima 5 hubs éducatifs régionaux en Afrique dans les 5 prochaines années répartis sur tout le continent dans des pays comme le Maroc, le Nigéria, la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie ou l’Afrique du Sud. 

Le continent Africain verra sa population atteindre 2 milliards d’habitants en 2050 et probablement doubler d’ici la fin du siècle. Les besoins en formation seront donc très significatifs à moyen et long terme et nous souhaitons pouvoir apporter des solutions à ce défi majeur que va connaître le continent africain. Pour cela nous avons la chance d’être soutenu par des actionnaires avec une vision long terme et sensible au développement de secteurs utiles. Il s’agit de CPPIB le fond de pension canadien, Téthys Invest le véhicule de la famille Bettencourt-Meyers et la Bpifrance. 

  • Justement, l’Afrique est et sera un continent très jeune, l’âge médian y est de 20 ans – contre 43 en Europe – et sa population devrait atteindre deux milliards d’habitants dont la moitié auront 20 ans en 2050. Comment répondre à ce défi démographique immense en termes d’offre éducative ? Quels formats d’éducation y privilégier ? Quelles matières, quelles compétences ?

Comme évoqué précédemment, l’éducation de la jeunesse africaine est un défi majeur pour le continent, le taux brut d’inscription en enseignement supérieur en Afrique subsaharienne avoisine les 9% soit le taux le plus faible au monde. L’insuffisance de l’offre publique ne permettant d’assurer parfois que 25% des besoins en enseignement supérieur. 

Les différents gouvernements devront favoriser l’émergence d’une offre privée complémentaire ainsi que des offres en ligne tout étant stricte sur les accréditations et la qualité des enseignements. L’écosystème de manière plus globale devra être favorable au développement du secteur de la formation avec une meilleure disponibilité du réseau internet et des solutions pour un coût raisonnable quand il s’agit d’éducation, l’implication des entreprises privées (solution d’accompagnement pour la formation des collaborateurs, alternance, stages) 

Enfin le financement du secteur grâce à des fondations, les pays occidentaux, les écoles qui peuvent accorder des boursesA titre d’exemple le Groupe ISM accorde 300 bourses par an pour les bacheliers ayant obtenu une mention au baccalauréat (plus la mention est bonne plus la bourse est importante). Cela passe par la formation à tous les niveaux de la société. Il faut à la fois avoir des écoles de commerce et des écoles d’ingénieurs mais aussi des formations pratiques basées sur l’acquisition de compétence et non sur l’obtention du seul diplôme. Les métiers du digital vont également recruter de manière significative dans les prochaines années avec la digitalisation croissante que connait le continent.